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Les Journées FRANTIQ 2026 à LYON : trois jours de paix, d’IST et d’amour à la Maison de l’Orient et de la Méditerranée

À Lyon, du 19 au 21 mai 2026, la communauté FRANTIQ (Fédération et Ressources sur l’Antiquité) s’est réunie à la Maison de l’Orient et de la Méditerranée (MOM) pour son assemblée générale annuelle, placée sous le signe du partage des savoirs, de l’innovation documentaire et de la valorisation du patrimoine archivistique. Pendant trois jours, documentalistes, bibliothécaires, professionnels de l’information scientifique et archivistes ont échangé autour des enjeux actuels de la documentation en sciences de l’Antiquité, de l’archéologie et des études anciennes.

Mardi 19 mai, le premier jour a marqué l’ouverture des travaux avec une session plénière magistralement introduite par Sabine Fourrier (directrice de la MOM) et Bruno Helly (chercheur CNRS émérite, fondateur et ancien administrateur de FRANTIQ). Ce dernier nous a narré, avec son brio coutumier, la déjà longue histoire scientifique et technique du réseau (plus de 40 ans) dans un exposé très référencé où nous avons pu entendre des acronymes oubliés comme TEXTO, Minitel, 3615 FRANTIQ, SUNIST, W3-Xmosaic, SILEX…

Ensuite, Véronique Humbert (directrice de FRANTIQ), Stéphanie Delaguette (directrice-adjointe) et Miled Rousset (directeur technique) ont brillamment présenté le bilan 2025/26 du réseau thématique FRANTIQ. Le reste de l’après-midi a été consacrée à des animations interactives : un rallye documentaire, proposé par l’équipe de la bibliothèque de la MOM, pour explorer de manière ludique les riches collections documentaires de la MOM, ainsi qu’une découverte des cartes historiques de Lyon, animée par le facétieux Jillian Akharraz, médiateur à la Direction Archéologique de la Ville de Lyon, qui a mis en lumière l’évolution urbaine de la cité, de l’Antiquité à nos jours. Ces deux activités complémentaires ont été très appréciées par les FRANTIQuien.nes qui ont volontiers joué le jeu.

Mercredi 20 mai, le gros morceau des journées FRANTIQ, a été rythmé par des ateliers pratiques conçus pour répondre aux besoins concrets des professionnels présents.

La matinée a été marquée par une série d’ateliers dynamiques et interactifs. Ainsi, les participants ont pu opter pour un atelier pratique sur Mir@bel, dédié à la veille et à la qualité des données pour les accès en ligne des revues en archéologie et sciences de l’Antiquité. Animé avec rigueur et clarté par Marie Chebance et Hugues Paquot (qu’on ne présente plus à la MOM), cet atelier a permis des échanges de pratiques constructifs sur l’amélioration du signalement de ces revues présentes dans le catalogue FRANTIQ.

En parallèle, la dream-team du GT Pactols (Emmanuelle Bryas, Sophie Kielwasser, Sarah Roussel, Patricia Moitrel et l’incontournable Miled Rousset) a proposé une immersion stimulante dans le cycle de vie d’un concept (mot-clé), de sa création à son intégration dans le thésaurus, suscitant des discussions animées entre les participants.

Par ailleurs, un atelier attendu sur les accès Auteur avec IdRef dans Koha, animé par l’inénarrable Anaïs Mauriceau (CFEEK), a permis d’acquérir des compétences nécessaires pour l’alignement des auteurs et la création de notices d’autorité dans le référentiel IdRef (par création directe ou dérivation d’une notice VIAF).

À la suite de ces intenses sessions de travail, un délicieux buffet convivial et bienvenu a été organisé dans le hall de la bibliothèque, offrant un moment de détente et de partage entre les convives, propice au réseautage, à l’échange d’idées et surtout au papotage.

L’après-midi, deux ateliers très prometteurs étaient proposés. Le premier, sur la correction des notices en doublon dans FRANTIQ, dirigé par les charismatiques Marie Chebance et Marina Fernandez (MSH Mondes), a fourni des outils pratiques et efficaces pour optimiser la gestion des notices. Le second, sur le traitement et la communicabilité des archives de l’archéologie, animé par les égéries du GT Archives (Corinne Jouys Barbelin, Aurélie Montagne-Borrâs et Soline Morinière), a abordé de manière concrète et appliquée les bonnes pratiques pour les archives physiques et numériques, suscitant un grand intérêt et des débats passionnés.

La journée s’est achevée en beauté par une visite captivante du Musée des Moulages (Mumo) de l’Université Lyon 2, où les visiteurs ont pu admirer, dans un cadre exceptionnel, une sélection des moulages de la collection, copies fidèles d’œuvres majeures de la sculpture occidentale, de la Grèce antique au XIXe siècle.

Jeudi 21 mai, la dernière demi-journée été consacrée à une session plénière de clôture, riche en bilan et réflexions stratégiques. Les bienheureux Carole Melzac et François Mistral ont présenté, en visio, les transformations liées au nouveau projet d’établissement 2024-2028 de l’Agence Bibliographique de l’Enseignement Supérieur (ABES), un enjeu clé pour l’écosystème documentaire dont FRANTIQ est partie prenante, d’où il est ressorti que si la route est droite, elle est néanmoins pentue.

Nos éminentes collègues Nathalie Letellier-Becquart (MSH Mondes) et Emmanuelle Bryas (INRAP) ont ensuite exposé les travaux du groupe de travail transversal en ingénierie documentaire dont le but affiché est d’offrir un espace de discussion sur l’évolution de nos métiers et des nouvelles technologies, d’avoir une vision d’ensemble sur les pratiques documentaires des professionnels du réseau et des chercheurs, dans un esprit de collaboration entre institutions.

En conclusion de ces séances plénières, Véronique Humbert a dressé un bilan globalement positif des journées, tandis que les animateurs des groupes de travail ont partagé leurs perspectives (nouveaux projets, évolution de la composition des GT, bonnes pratiques…) pour la prochaine année.

La matinée et les journées FRANTIQ se sont achevées par une visite des archives de la MOM, guidée par Laure Bézard, offrant un aperçu des documents qui y sont conservés et des défis de leur traitement, préservation et valorisation.

Parfaitement organisés, ces trois jours, qui ont rassemblé une cinquantaine de participants issus du CNRS, de l’INRAP, d’universités, de musées, de SRA… ont confirmé l’importance de FRANTIQ, réseau thématique dynamique, au service de la recherche, de la documentation et de la médiation en archéologie et sciences de l’Antiquité. Entre ateliers pratiques, expertises partagées, échanges techniques, prospectives et découvertes patrimoniales, les participants sont repartis avec de nouvelles compétences, des contacts enrichissants et une vision renforcée des enjeux communs. Rendez-vous est déjà pris pour la prochaine édition, au printemps 2027 avec l’ambition de poursuivre cette démarche collaborative, au cœur des mutations du paysage documentaire et scientifique.

La bibliothèque de Marie Drew Bear rejoint les collections de la bibliothèque de la MOM : un héritage scientifique d’exception

Au début de l’année 2025, Marie Drew-Bear, papyrologue de renom et ancienne professeure à l’université Lumière Lyon 2, a exprimé auprès de plusieurs collègues de la Maison de l’Orient et de la Méditerranée son souhait de faire don de sa bibliothèque personnelle à la bibliothèque de la MOM.
Ce legs, fruit d’une carrière dédiée à l’étude des papyrus et à l’histoire d’Hermoupolis Magna en Égypte, représente un apport scientifique inestimable pour la recherche lyonnaise, française et internationale.

Marie Drew-Bear : parcours d’une papyrologue lyonnaise
Née Marie Falletti le 10 mai 1938 à Lyon, dans une famille d’intellectuels, son père, Louis Joseph Falletti, était juriste et professeur de droit à Lyon, Marie Drew-Bear grandit entre Lyon et Annecy, berceau familial. Après des études brillantes, elle obtient l’agrégation de grec en 1962. Sa rencontre avec la papyrologie est presque fortuite et vient de sa prise de poste à Mulhouse, ce qui lui permet de suivre à Strasbourg les cours de Jacques Schwartz, éminent papyrologue. Ce dernier, reconnaissant son talent, lui confie des papyrus à éditer. Elle se prend au jeu et, avant même d’avoir soutenu sa thèse, entre au CNRS en 1969.

Formée par Jacques Schwartz et Roger Rémondon, elle soutient sa thèse de 3e cycle en 1971, puis son doctorat d’État en 1988, tous deux à la Sorbonne. Sa carrière académique la mène de Mulhouse à Lyon, où elle devient assistante à l’université Lyon 2 en 1977, puis maîtresse de conférences en 1985, avant d’être nommée professeure en 1992. Elle part à la retraite en 2025-2006

Spécialiste d’Hermoupolis Magna, ville de Moyenne Égypte située en face d’Antinoé et ayant livré des centaines de papyrus au cours de fouilles menées au début du XXe s., Marie Drew-Bear est l’autrice de deux ouvrages majeurs sur la ville et sa région :

  • Le nome hermopolite : toponymes et sites, American Studies in Papyrology 21, 1979.
  • Les Archives du Conseil Municipal d’Hermoupolis Magna, Corpus Papyrorum Ranieri 35, De Gruyter, 2020 (avec la collaboration de François Chausson et Herwig Maehler).

Sa rencontre avec Thomas Drew-Bear, éminent épigraphiste et spécialiste de l’Asie Mineure, a lieu sur les bancs de l’EPHE, où tous deux assistent aux cours d’épigraphie de Louis Robert. Ensemble, ils constituent deux bibliothèques de référence : l’une d’épigraphie (récemment léguée à l’équipe HiSoMA de Lyon 3), l’autre de papyrologie. Attentifs à la parution des éditions papyrologiques et des principales revues spécialisées, et toujours en quête d’éditions anciennes ou rares, ils vont réunir une collection particulièrement impressionnante.

La convention de don et le déménagement
La convention de don a été signée le 10 avril 2025. Marie Drew-Bear a désigné Bérangère Redon, chercheuse au laboratoire HiSoMA et spécialiste de l’Égypte hellénistique, comme responsable du legs. Cette dernière a réalisé en juin 2025 un inventaire préliminaire des collections avec ses collègues lyonnais Julien Aliquot, Jérémy Clément, Dan Dana, Antonio Ricciardetto et Jean-Baptiste Yon. Le déménagement, mené de main de maître par l’exceptionnelle équipe de la bibliothèque de la MOM, dirigée par Franck Capisano, a eu lieu le 10 décembre 2025.

Un fonds documentaire exceptionnel
Le don de Marie Drew-Bear à la MOM comprend environ 1 300 ouvrages, dont plus d’un tiers étaient absents des collections existantes. Ce fonds, en cours de traitement, inclut des corpus d’éditions de papyrus référencés selon la Checklist of Editions of Papyri, des monographies, des actes de congrès, des séries spécialisées et des revues spécialisées complètes. Parmi les trésors de cette bibliothèque, on trouve des éditions rares et anciennes, ainsi que des documents inédits qui combleront des lacunes significatives, notamment dans le fonds TXT.

L’inventaire préliminaire a révélé la présence des éditions de papyrus introuvables dans la plupart des bibliothèques universitaires car de diffusion limitée, et que Marie Drew-Bear avait soigneusement acquises : Aberd., P.Anag., P.Athen., P.Benaki, P.Dura, P.Got., P.Holm., P.Vars. ou encore P.Yadin. On y trouve aussi des éditions anciennes, comme les P.Hib., P.Lille, P.Lond., P.Marm. ou encore les UPZ (Urkunden der Ptolemäerzeit édités par U. Wilcken) accessibles à l’achat seulement aux collectionneurs. Car en effet, Marie Drew-Bear a fait preuve d’une remarquable persévérance non seulement en achetant systématiquement tous les ouvrages des collections les plus importantes à partir du début des années 1970, alors qu’elle débutait sa carrière, mais aussi en rachetant les numéros anciens lorsqu’elle n’avait pu le faire initialement. Grâce à cette détermination, ses collections sont plus complètes que celles de la MOM et la bibliothèque lyonnaise dispose désormais des numéros 1 à 11 de la fameuse BGU, ou encore des numéros 73 à 80 des P.Oxy., l’une des plus grandes entreprises d’édition de papyrus jamais conduite, et qui manquaient à son inventaire.

Il faut rappeler que la bibliothèque de la MOM, déjà riche en papyrologie avant ce don, a hérité des fonds de l’ancienne bibliothèque centrale universitaire de Lyon. Or, celle-ci a subi un incendie dévastateur le 11 juin 1999, entraînant la perte de 350 000 livres, dont de nombreux ouvrages de papyrologie, ce qui avait créé des lacunes dans les collections.

Un héritage pour les générations futures
Ce don généreux témoigne de l’attachement de Marie Drew-Bear à la recherche, à l’enseignement et à la diffusion des connaissances. En confiant sa bibliothèque à la MOM, elle offre aux chercheurs et étudiants un outil de travail unique, tout en perpétuant son engagement pour l’étude des sources antiques. Ce legs s’inscrit dans le dynamisme actuel des recherches en papyrologie et, plus largement, sur l’histoire de l’Égypte ptolémaïque et romaine au sein du laboratoire HiSoMA. Il permettra également de renforcer la formation des étudiants, toujours plus nombreux à s’intéresser à la papyrologie. Faisons le vœu que ce don s’accompagnera du retour de l’enseignement de cette discipline à l’université de Lyon !

La Maison de l’Orient et de la Méditerranée adresse ses plus vifs remerciements à Marie Drew-Bear pour ce précieux legs, qui enrichira durablement ses collections.

Un centre de documentation au musée Lugdunum

Savez-vous qu’au sein du musée Lugdunum existe une bibliothèque ouverte au public ?

Celle-ci accueille les visiteurs du musée aussi bien que les étudiants et chercheurs, gratuitement et sans rendez-vous, du mardi
au vendredi, de 13h à 17h. 
Il suffit de se présenter durant ses horaires à l’accueil pour que l’un des collègues du centre de ressources scientifiques vous mène    jusqu’à la salle de lecture. 
Vous pourrez alors consulter sur place plus de 8000 documents aux typologies variées : ouvrages spécialisés, revues, actes de colloques, documents universitaires, rapports de fouilles, catalogues d’exposition, tirés à part, archives … ou encore une sélection d’ouvrages à destination des familles. 


La salle de lecture

Les documents portent sur tous les aspects des civilisations gauloises et romaines : histoire, archéologie, architecture, arts décoratifs, institutions, société, armée, travaux publics, religion, numismatique, épigraphie, littérature…
La bibliothèque met également à disposition des livres sur les thématiques d’intérêt d’un musée telles que la muséographie, la muséologie, la médiation en musée.
Si vous vous intéressez à l’histoire du musée ou à ses collections,
passez y pour exploiter la documentation sur les objets conservés par Lugdunum – Musées et théâtres romains, y compris leurs clichés photographiques. 
Enfin, le centre de ressources scientifiques conserve les photographies illustrant la vie du parc archéologique depuis des fouilles dégageant le théâtre et l’odéon ainsi que l’évolution du musée depuis son ouverture en 1975.  
 

Rev@ntiq : un service aux chercheurs

Les revues scientifiques sont un outil essentiel pour partager et diffuser les résultats de sa recherche auprès de sa communauté scientifique. Dans les disciplines des sciences de l’Antiquité et de l’archéologie, l’accès aux numéros rétrospectifs des revues est chose courante, car des articles, même anciens, peuvent être utiles à la recherche actuelle.

Or, l’accès à cette littérature scientifique peut être compliqué. Les revues de nos disciplines sont souvent portées par de « petits » éditeurs, les accès en ligne aux volumes anciens ou aux volmes courants sont souvent dispersés sur une multitude de plateformes (cf graphe). Les revues sont quelquefois accessibles uniquement en version papier, qu’il s’agisse des volumes anciens ou courants. Le coût de l’accès aux revues papier ou électronique peut être un obstacle à la lecture de cette littérature et les chercheurs sont encouragés par leurs tutelles et leurs financeurs à publier dans des revues en accès ouvert ou autorisant le dépôt de l’article sur une archive ouverte institutionnelle comme HAL.

Dans cet écosystème complexe, le projet Rev@ntiq s’est donné pour objectif d’unifier et de simplifier l’accès aux revues en sciences de l’Antiquité et en archéologie ainsi qu’aux informations les concernant et de favoriser une stratégie de publication éclairée.

Le projet Rev@ntiq, porté par la Maison de l’Orient et de la Méditerranée en réponse à l’appel à projets CollEx-Persée 2022 s’est achevé en septembre 2024. Il s’appuyait sur un consortium de 15 partenaires académiques, des experts scientifiques et sur la plateforme Mir@bel.

Principaux résultats du projet

Les données sur plus de 1200 revues de référence dans les disciplines des sciences de l’Antiquité et de l’archéologie ont ainsi été collectées manuellement et automatiquement et rassemblées sur Mir@bel pour fournir :

  • les liens vers les accès en ligne disponibles sur le web et souvent dispersés sur plusieurs ressources,
  • des informations sur les revues, leur référencement et leur politique de publication vis à vis de l’accès ouvert (quand les éditeurs l’ont déclarée),
  • un lien vers les catalogues de bibliothèque depuis le tableau descriptif de la revue (le Sudoc et selon la personnalisation, son catalogue de bibliothèque).
Exemple d’une page de revue dans Mir@bel : la revue Syria

Exemple de notices de revues (avec la personnalisation Frantiq)  : Revue des études grecques ou Dialogue d’histoire ancienne.

Grâce à l’enrichissement exhaustif des données sur les revues et le développement de nouvelles fonctionnalités dans le cadre du projet, Mir@bel offre désormais aux utilisateurs un service enrichi qui dépasse le simple affichage des données sur les revues et permet de mieux connaître le paysage éditorial et numérique des revues de nos disciplines.

Désormais, vous pourrez explorer l’ensemble des revues et collections en sciences de l’Antiquité et archéologie sous forme de « grappe ».

Vous pourrez visualiser la liste détaillée de cet ensemble de revues, les filtrer selon divers critères (thématiques, langues, pays d’édition, accessibilité), affiner la recherche sur cet ensemble (en cliquant sur ‘modifier la recherche’) et accéder, dès cet affichage, au texte intégral disponible selon les années de parution de chaque revue.

Exemple d’affichage détaillé d’un ensemble de revues sur Mir@bel

Une revue manque ou contient une erreur ? Écrivez à la bibliothèque de la MOM !

Nous avons également, grâce aux données ouvertes de Mir@bel, exploré la cartographie du paysage éditorial et numérique des revues de référence en sciences de l’Antiquité et archéologie

Nous avons ainsi visualisé la typologie de nos éditeurs :

Catégorisé et visualisé les modalités d’accès aux revues de nos disciplines :

Ou encore, nous avons pu vérifier notre constat initial sur la dispersion des accès en ligne en visualisant la répartition des plateformes fournissant du texte intégral pour chaque revue.

Répartition des plateformes fournissant du texte intégral pour les revues en sciences de l’Antiquité et archéologie

Un rectangle représente une plateforme : les plus petits rectangles sont des plateformes qui diffusent une seule revue. Environ 30% des plateformes n’hébergent qu’une seule revue.

Pour en savoir plus sur le paysage des revues de nos disciplines, vous pouvez consulter la cartographie détaillée élaborée avec les données ouvertes de Mir@bel sur notre compte-rendu de projet, partie Axe 4 : Exploitation des données de Mir@bel p.17-29 (licence CC-BY NC, déposé sur HAL). 

2 autres livrables du projet sont :

  • L’amélioration de l’affichage des données d’accès en ligne issues de Mir@bel sur notre catalogue collectif Frantiq (développement accessible à l’ensemble des utilisateurs du logiciel de bibliothèque Koha), plus d’informations ici.
  • La génération automatique de QR codes pour un ensemble de revues accessibles en texte intégral en ligne afin de les afficher dans sa bibliothèque, plus d’informations ici.

Enjeux et perspectives

Rev@ntiq se positionne comme un modèle de collaborations interinstitutionnelles et inter-réseaux, pour sensibiliser une communauté scientifique aux bonnes pratiques en matière de science ouverte, en accompagnant le chercheur dans sa stratégie de publication et en promouvant l’accès libre et pérenne aux contenus scientifiques des revues.

Les défis soulevés, tels que la mobilisation des éditeurs pour formaliser leurs politiques, la mise à jour continue des données ou l’absence d’accès en ligne pour certaines revues, soulignent l’importance de poursuivre ce travail dans le temps. Il sera essentiel de pérenniser les partenariats établis, de développer de nouvelles collaborations, et d’intégrer les retours et besoins des utilisateurs pour améliorer encore Mir@bel et ses fonctionnalités et faciliter l’accès aux contenus des revues de nos disciplines.

Nous souhaitons que Rev@ntiq inspire d’autres initiatives similaires, dans d’autres champs disciplinaires. Nous avons ainsi détaillé la méthodologie du projet dans le compte rendu déposé sur HAL pour permettre la reproductibilité du projet à d’autres corpus académiques (Axe 1 p. 2-8, et Axe 6 p. 33-36). Les scripts pour cartographier le paysage éditorial d’un ensemble de revues sont également réutilisables et librement accessibles sur le Gitlab de Mir@bel.

Et pour ancrer ce service auprès des chercheurs de notre communauté scientifique, autre enjeu du projet, des sessions Mir@bel seront proposées à la rentrée 2025 dans le cadre des Ateliers Doc’ de la bibliothèque.

Billet rédigé par Marie Chebance. Projet Rev@ntiq 2022-2024. Coordination scientifique : Sabine Fourrier ; Coordination IST : Marie Chebance ; Chargée de projet et réalisation des scripts : Amélie Descollonges.

 

Place des études islamologiques en France :  un bref état des lieux.

L’historien de la pensée islamique, M. Arkoun définit cette discipline comme « un discours occidental qui vise la rationalité sur l’islam » ; il poursuit en précisant qu’il s’agit d’une « étude de l’Islam à travers les écrits des docteurs revendiqués comme tels par les croyants […] »[i] .Elle succède à l’orientalisme, tout en s’en distinguant. Ce dernier fut un mouvement intellectuel complexe qui allie à la fois un véritable esprit de curiosité envers l’altérité mais aussi une volonté de domination coloniale sous-tendue– du moins à ses débuts- par un complexe de supériorité civilisationnelle. Il s’agissait avant tout de connaitre les hommes afin de mieux les dominer ou les convertir.[1] L’islamologie, qui se veut une discipline scientifique, tente d’éviter les écueils que charrie l’orientalisme, en termes de vision et de méthodologie scientifiques.

1 – D’une place marginale à une meilleure représentation

Pour apprécier les spécificités de l’approche islamologique par rapport à celle de l’étude des religions en général, nous pouvons citer l’étude du sociologue Claude Dargent, [2]qui déplore la place marginale qu’occupent les études sociologiques religieuses dans leur ensemble. Sa critique vaut aussi bien pour le monde de l’enseignement et de la recherche que celui des publications. Ce phénomène s’est traduit, constate-il, par un décalage entre le retour des expressions religieuses sur le terrain et la pauvreté des études qui lui sont dédiées. Pourtant, les pères fondateurs de la sociologie avaient fait du champs religieux un axe d’étude primordial (Marx, Durkheim, Tocqueville, etc.). Cette place marginale de l’étude du religieux peut s’expliquer par le modèle historique de la laïcité française (rapport conflictuel avec l’Eglise) qui a contribué à un amenuisement du religieux au sein des institutions (laïcité) et des populations (sécularisation). A la mode depuis les années 80, l’expression du « retour du religieux » est fortement contestée par de nombreux observateurs, pour qui la religion n’a jamais disparue, elle a tout au plus pris des formes d’expressions différentes, (voir à ce sujet l’ouvrage de G. Corm[3]).

2 – Différence d’approches méthodologiques

Islamologie et histoire des religions souffrent d’une marginalisation, liée au rapport qu’entretenaient les institutions politiques et académiques à l’égard de la religion qui se traduit par une défiance. Plusieurs universitaires tels que Ali Merad, ont tenté, durant des années d’obtenir des pouvoirs publics la création d’une institution qui formerait des cadres musulmans qualifiés, dotés d’(un) esprit critique soutenu par une formation en sciences humaines. Il militait également pour un apprentissage du « fait religieux », dès le collège.

Contrairement à la sociologie religieuse, qui relève du Département de sociologie, l’islamologie n’a pas de chaire (s) propre (s), sauf dans les grandes écoles (EPHE, Collège de France…). Elle dépend, en général, du Département de langues, celui de l’arabe, ou de l’Orient en général, et plus rarement de celui d’histoire. Autre différence avec la sociologie, l’islamologie (classique ou traditionnelle) s’appuie principalement sur l’étude des textes (philologie, histoire) ; ce champ s’élargira plus tard à la faveur de l’approche de l’islamologie appliquée. Au plan méthodologique, importe-t-il de préciser que la sociologie se concentre plutôt sur le contemporain à travers un travail d’enquêtes (questionnaire). Là où le sociologue C. Dargent préconise un « athéisme méthodologique », M.  Arkoun opte pour la promotion d’une approche « laïque ouverte » sur l’étude du « fait religieux », compréhensive et procédant d’une attitude critique face à la connaissance et non dictée par une idéologie militante qu’il nomme laïcisme. Pour ce faire, il appelait de ses vœux à réaliser une « Critique de la raison occidentale », héritée des Lumières.[4]

3- L’islamologie française face aux enjeux contemporains

Ce constat doit être relativisé puisque ces dernières années, un effort a été fourni pour rattraper le retard vis-à-vis des pays voisins, comme l’Allemagne qui a développé une longue tradition en islamologie et les anglo-saxons en général.  De sorte que ce regain d’intérêt pour l’étude du phénomène religieux s’est traduit par la création d’un Institut français d’islamologie (IFI)[5] et la création de plusieurs postes d’enseignants-chercheurs. Dans cette perspective nouvelle, l’accent est mis surtout sur la nécessité de traduire des sources arabes vers le français et également d’ouvrages de références du français vers d’autres langues (arabe et anglais). Des bourses d’études ont été créés afin de soutenir les publications (actes de colloques, thèses ou encore la traduction de sources arabes en français). Afin de permettre une meilleure intégration de l’islam, des formations en islamologie ont été mises en place pour un public d’imams, de cadres associatifs ou tout simplement de curieux, intéressés par une approche scientifique de l’islam. Ces formations dispensées par des universitaires concernent plusieurs disciplines histoire et civilisation, droit musulman, art, spiritualité mais aussi une initiation à la laïcité. On peut mentionner celle nommée du « parcours M. Arkoun », dispensée par plusieurs universités lyonnaises.[6]
Aujourd’hui, l’islamologie tente de trouver sa place entre le rôle central de l’histoire, qui reste une discipline incontournable, et la science politique, souvent sollicitée ,  notamment par les médias, pour apporter des réponses et analyses aux phénomènes du « radicalisme » et du « terrorisme ». L’enjeu est d’autant plus important qu’il pèse sur les politiques nationales et internationales du pays.

4 – Les ressources documentaires comme support à la recherche

La région lyonnaise est dotée du 3ème fonds le plus important en matière de documentation islamologique, après ceux de Paris et d’Aix-Marseille.

Il faut signaler les bibliothèques des deux  universités, celles de Lyon 2 et Lyon 3 , qui disposent d’une documentation riche et consistante. Elles s’adressent principalement à un public de premier cycle universitaire.

Celle de Lyon 2 (Université Lumière)[7] propose plus de 2800 titres sur le thème de l’islam, tandis que celle de Lyon 3[8], en compte environ 2600, avec une orientation pour le droit et la philosophie.

Il faut également mentionner la BM de Lyon[9] dont le catalogue offre plus de 3700 titres en lien avec l’islam. Elle a hérité du fonds de la bibliothèque des Jésuites dont la collection continue à être enrichie. Bien que cette institution soit ouverte à un large public, on y trouve beaucoup de références universitaires de premier et second cycle.

Par ailleurs, on se doit de signaler deux pôles plus spécialisés, destinés à un public d’étudiants avancés et de chercheurs que sont :

A) La MOM (Maison de l’Orient et de la Méditerranée)[10] dont le fonds orient médiéval et contemporain, est riche de plus de 12 000 titres, axés sur les sources historiques, notamment en arabe, ainsi qu’une riche documentation en diverses langues européennes (anglais, espagnol, …)

B) La bibliothèque de l’ENS Lyon (Diderot)[11] spécialisée en littérature et philosophie arabes, dispose de plus de 3500 références sur ces thématiques.

Enfin, il convient de signaler un autre lieu, bien qu’il soit de moindre importance. Il s’agit de la bibliothèque de l’université catholique (UCLY) avec plus de 1100 titres axés sur une approche/lecture chrétienne de l’islam et le dialogue interreligieux.

Cette riche documentation sur support écrit est complétée par des ressources en ligne (bouquets de monographies et de revues scientifiques)[12]. Une partie de ces ressources sont en libre accès[13].

En résumé, la documentation de qualité comme ressources et références s’avère être un facteur décisif dans le développement des études du domaine islamologique, au moins sur les deux derniers siècles.
En effet, après avoir connu un essor durant la colonisation (XIX-XXe s.), notamment avec le phénomène de l’orientalisme, lié au pouvoir colonial, les études sur l’islam se sont essoufflées dans les années 50, à la suite du mouvement de décolonisation. Il faudra attendre les bouleversements géopolitiques, à commencer par celui de la révolution iranienne en 79 et surtout les attentats du 11 septembre (2001) pour retrouver un regain de curiosité envers l’islam. La prise de conscience du retard de la recherche chez les pouvoirs publics, en France, par rapport aux voisins, intervient à la suite de l’alerte donnée par les chercheurs français. Pour y remédier, les pouvoirs publics ont décidé d’augmenter les moyens alloués à cette discipline.

 

 

[1] urlr.me/U7RTwQ

[2] urlr.me/w3sDcX

[3] Corm (Georges). Pour une lecture profane des conflits : sur le « retour du religieux » dans les conflits contemporains du Moyen-Orient, La Découverte, Paris, 2012

[4] https://shs.cairn.info/la-pensee-arabe–9782130570851?lang=fr

[5] urlr.me/PWjVRx

[6] https://www.univ-lyon3.fr/parcours-mohammed-arkoun

[7] https://catalogue.univ-lyon2.fr/cgi-bin/koha/opac-main.pl

[8] https://bu.univ-lyon3.fr/catalogues

[9] https://catalogue.bm-lyon.fr/

[10] https://catalogue.frantiq.fr/

[11] https://www.bibliotheque-diderot.fr/catalogues

[12] https://bib.cnrs.fr/

[13] https://www.persee.fr/

[i] urlr.me/MBT2kh

 

 

Existe-t-il un islam des Lumières ? L’Islam à l’épreuve des Lumières

 

Face à la montée de l’islamisme et de ses dérives violentes comme le terrorisme, des intellectuels de culture islamique ont jugé nécessaire de lui opposer un discours alternatif. Les partisans de cette notion tentent de concilier deux tendances, en apparence opposées : celle des rationalistes qui trouve ses fondements dans le courant mut‘azilite, dit rationaliste ; et  celle des mystiques, incarné par le courant soufi. Pour M.  Chebel, son principal promoteur cet « autre islam » trouve ses fondements dans un verset coranique (24 : 35) qui symbolise la divinité : « nûr  ‘ala nur » (lumière sur lumière). Lumière est également un nom donné au Coran. Les idées-forces que charrie l’islam des lumières peuvent se résumer par l’abolition de la loi divine , la promotion de la raison et de la spiritualité et enfin la mise en valeur d’une « éthique pacifique »[1].Dans une perspective moderne, les dérivations d’anwar et de tanwir renvoient à l’époque des Lumières de la civilisation occidentale (XVIII e siècle). D’après l’islamologue belgo-marocain Ali Belhaj[2], Hasan Hanafi (penseur égyptien) aurait été le premier à défendre un islam qui tente de concilier la Tradition et les apports de la modernité. Aux yeux de Belhadj cette démarche s’apparente à celle des philosophes des Lumières, toutes proportions gardées afin de ne pas de tomber dans l’anachronisme. Ce projet d’édification d’un islam éclairé a été prolongé par un autre intellectuel/penseur,  lui aussi égyptien : Nasr Hâmid Abu Zayd[3]. Le travail de ce dernier consiste à appliquer aux sources fondamentales islamiques la méthode « critique littéraire » ; il a rencontré une vive opposition auprès des ulémas et des islamistes. Venons-en maintenant au contexte français. Le philosophe marocain Allal Sinaceur aurait forgé ce concept en s’inspirant de l’éminent islamologue Jacques Berque en parlant de « Coran des lumières » dans le sens d’une « révélation comprise dans les limites de ce que la Raison peut comprendre »[4]. Berque exprimera sa volonté de voir émerger un « islam des lumières comme pensée moderne » afin de contrecarrer l’islamisme. Cependant l’auteur qui a le plus œuvré pour la promotion de cette notion est certainement Malek Chebel.  Cette idée qui consiste à proposer un islam éclairé, critique envers la Tradition et qui privilégie les aspects brillants et raffinés de la civilisation a été défendue par Chebel à travers une série d’ouvrages qui traitent notamment de la sexualité, dès le début des années 80, et du raffinement qui s’étalent sur 40 ans. Et par-là, mettant en évidence une société de l’esthétique par opposition à une société de l’éthique. En 2004 avec son Manifeste de l’islam des lumières dans lequel il présente une réforme de l’islam à travers un programme en 27 propositions qui permettrait l’avènement de cet « autre islam ». Pour que cet objectif soit atteint une démocratisation et une sécularisation des sociétés islamiques seront nécessaires. Contrairement à Arkoun qui vise à remettre en cause l’historicité du Coran, Chebel préfère une lecture réformée du texte sacré. Paradoxalement Arkoun dont la méthode déconstructiviste pourrait tout à fait correspondre aux objectifs de l’islam des lumières est demeuré sceptique à l’égard de ce concept. Pour lui, invoquer les « lumières » relèverait de l’anachronisme, notamment celle qui fait coïncider la période de la Nahda renaissance arabe avec les Lumières européennes (XVIII siècle). Parmi les représentants de cet islam, on peut citer les travaux de vulgarisation de Rachid Benzine[5] qui a codirigé la collection « islam des Lumières » chez Albin Michel, dans laquelle on trouve soit des traductions d’œuvres de penseurs réformistes[6], soit une présentation de leur pensée. On peut également signaler une approche de l’ « islam des lumières » à travers un prisme essentiellement spirituel avec A.  Bidar ou Eric Geoffroy[7], un universitaire soufi. Ce dernier fait la promotion d’un islam intérieur comme rempart à celui des islamistes et des juristes qui insistent sur le formalisme (la lettre). En revanche, Geoffroy prend ses distances avec l’héritage des lumières qui accorde une place trop importante, à ses yeux, à la raison instrumentale.

Le pari politique/La récupération politique

A travers un discours, consacré à la lutte contre le « séparatisme », le président Emmanuel Macron a repris à son compte l’expression « islam des lumières » que doit bâtir la République avec les forces dynamiques/acteurs de l’islam de France. L’idée étant d’émanciper l’islam de l’influence des pays étrangers et des islamistes. Cette approche gallicane qui consiste à vouloir modeler un islam à la française est très mal perçue par de nombreux fidèles notamment les conservateurs qui craignent une ingérence du politique dans la pratique religieuse. Aussi peut-on se demander si les acteurs de cet « islam libéral » ne visent pas à plaire aux décideurs politiques, afin d’avoir une reconnaissance institutionnelle à défaut de trouver un ancrage auprès des musulmans pratiquants, qui perçoivent cet islam éclairé comme une sécularisation imposée et par l’Etat et par l’ultra-modernisme. Jusqu’à présent cet islam tarde à se populariser, car il reste dans l’incapacité à repenser les normes juridiques et peine à mobiliser face à un islam déjà accaparé par les institutions étrangères ou les islamistes. Les ambassadeurs de cet islam libéral n’ont pas de légitimité auprès d’un public de croyants, qui est lui-même divisé en multiples courants. De surcroît, son caractère flou ou hétéroclite ne permet pas de dégager un programme clair qui s’enracine dans l’héritage de la tradition musulmane qu’elle soit juridiques ou spirituelle (absence d’une théologie nouvelle et d’une herméneutique du Coran). Son grand défi demeure/réside en la capacité à franchir ces obstacles et sa réappropriation par des musulmans éclairés, mais issus de la sphère islamique que cet islam peut s’enraciner.


[1] Chebel (Malek). Manifeste pour un islam des Lumières : 27 propositions pour réformer l’Islam, Hachette, Paris, 2004. https://catalogue.frantiq.fr/cgi-bin/koha/opac-detail.pl?biblionumber=484397

[2] Belhaj (Abdessamad). L’autre islam, L’Harmattan, Paris, 2021. https://rechercher.bibliotheque-diderot.fr/discovery/search?query=lds07,contains,262419602&tab=Everything&search_scope=MyInst_and_CI&vid=33ENSL_INST:33ENSL_INST&offset=0

[3] Abu Zayd (Nasr). Critique du discours religieux, Actes sud, Arles,1999. https://catalogue.frantiq.fr/cgi-bin/koha/opac-detail.pl?biblionumber=455505

[4] https://theconversation.com/le-difficile-chemin-vers-lislam-des-lumieres-148490

[5] https://catalogue.frantiq.fr/cgi-bin/koha/opac-detail.pl?biblionumber=472610

[6] https://catalogue.frantiq.fr/cgi-bin/koha/opac-detail.pl?biblionumber=473898

Issam Ghedab

https://catalogue.frantiq.fr/cgi-bin/koha/opac-detail.pl?biblionumber=473041

[7] https://catalogue.frantiq.fr/cgi-bin/koha/opac-detail.pl?biblionumber=484805

Existe-t-il un islam des Lumières ? L’Islam à l’épreuve des Lumières

Face à la montée de l’islamisme et de ses dérives violentes comme le terrorisme, des intellectuels de culture islamique ont jugé nécessaire de lui opposer un discours alternatif. Les partisans de cette notion tentent de concilier deux tendances, en apparence opposées : celle des rationalistes qui trouve ses fondements dans le courant mut‘azilite, dit rationaliste ; et  celle des mystiques, incarné par le courant soufi. Pour M.  Chebel, son principal promoteur cet « autre islam » trouve ses fondements dans un verset coranique (24 : 35) qui symbolise la divinité : « nûr  ‘ala nur » (lumière sur lumière). Lumière est également un nom donné au Coran. Les idées-forces que charrie l’islam des lumières peuvent se résumer par l’abolition de la loi divine , la promotion de la raison et de la spiritualité et enfin la mise en valeur d’une « éthique pacifique »[1].Dans une perspective moderne, les dérivations d’anwar et de tanwir renvoient à l’époque des Lumières de la civilisation occidentale (XVIII e siècle). D’après l’islamologue belgo-marocain Ali Belhaj[2], Hasan Hanafi (penseur égyptien) aurait été le premier à défendre un islam qui tente de concilier la Tradition et les apports de la modernité. Aux yeux de Belhadj cette démarche s’apparente à celle des philosophes des Lumières, toutes proportions gardées afin de ne pas de tomber dans l’anachronisme. Ce projet d’édification d’un islam éclairé a été prolongé par un autre intellectuel/penseur,  lui aussi égyptien : Nasr Hâmid Abu Zayd[3]. Le travail de ce dernier consiste à appliquer aux sources fondamentales islamiques la méthode « critique littéraire » ; il a rencontré une vive opposition auprès des ulémas et des islamistes. Venons-en maintenant au contexte français. Le philosophe marocain Allal Sinaceur aurait forgé ce concept en s’inspirant de l’éminent islamologue Jacques Berque en parlant de « Coran des lumières » dans le sens d’une « révélation comprise dans les limites de ce que la Raison peut comprendre »[4]. Berque exprimera sa volonté de voir émerger un « islam des lumières comme pensée moderne » afin de contrecarrer l’islamisme. Cependant l’auteur qui a le plus œuvré pour la promotion de cette notion est certainement Malek Chebel.  Cette idée qui consiste à proposer un islam éclairé, critique envers la Tradition et qui privilégie les aspects brillants et raffinés de la civilisation a été défendue par Chebel à travers une série d’ouvrages qui traitent notamment de la sexualité, dès le début des années 80, et du raffinement qui s’étalent sur 40 ans. Et par-là, mettant en évidence une société de l’esthétique par opposition à une société de l’éthique. En 2004 avec son Manifeste de l’islam des lumières dans lequel il présente une réforme de l’islam à travers un programme en 27 propositions qui permettrait l’avènement de cet « autre islam ». Pour que cet objectif soit atteint une démocratisation et une sécularisation des sociétés islamiques seront nécessaires. Contrairement à Arkoun qui vise à remettre en cause l’historicité du Coran, Chebel préfère une lecture réformée du texte sacré. Paradoxalement Arkoun dont la méthode déconstructiviste pourrait tout à fait correspondre aux objectifs de l’islam des lumières est demeuré sceptique à l’égard de ce concept. Pour lui, invoquer les « lumières » relèverait de l’anachronisme, notamment celle qui fait coïncider la période de la Nahda renaissance arabe avec les Lumières européennes (XVIII siècle). Parmi les représentants de cet islam, on peut citer les travaux de vulgarisation de Rachid Benzine[5] qui a codirigé la collection « islam des Lumières » chez Albin Michel, dans laquelle on trouve soit des traductions d’œuvres de penseurs réformistes[6], soit une présentation de leur pensée. On peut également signaler une approche de l’ « islam des lumières » à travers un prisme essentiellement spirituel avec A.  Bidar ou Eric Geoffroy[7], un universitaire soufi. Ce dernier fait la promotion d’un islam intérieur comme rempart à celui des islamistes et des juristes qui insistent sur le formalisme (la lettre). En revanche, Geoffroy prend ses distances avec l’héritage des lumières qui accorde une place trop importante, à ses yeux, à la raison instrumentale.

Le pari politique/La récupération politique

A travers un discours, consacré à la lutte contre le « séparatisme », le président Emmanuel Macron a repris à son compte l’expression « islam des lumières » que doit bâtir la République avec les forces dynamiques/acteurs de l’islam de France. L’idée étant d’émanciper l’islam de l’influence des pays étrangers et des islamistes. Cette approche gallicane qui consiste à vouloir modeler un islam à la française est très mal perçue par de nombreux fidèles notamment les conservateurs qui craignent une ingérence du politique dans la pratique religieuse. Aussi peut-on se demander si les acteurs de cet « islam libéral » ne visent pas à plaire aux décideurs politiques, afin d’avoir une reconnaissance institutionnelle à défaut de trouver un ancrage auprès des musulmans pratiquants, qui perçoivent cet islam éclairé comme une sécularisation imposée et par l’Etat et par l’ultra-modernisme. Jusqu’à présent cet islam tarde à se populariser, car il reste dans l’incapacité à repenser les normes juridiques et peine à mobiliser face à un islam déjà accaparé par les institutions étrangères ou les islamistes. Les ambassadeurs de cet islam libéral n’ont pas de légitimité auprès d’un public de croyants, qui est lui-même divisé en multiples courants. De surcroît, son caractère flou ou hétéroclite ne permet pas de dégager un programme clair qui s’enracine dans l’héritage de la tradition musulmane qu’elle soit juridiques ou spirituelle (absence d’une théologie nouvelle et d’une herméneutique du Coran). Son grand défi demeure/réside en la capacité à franchir ces obstacles et sa réappropriation par des musulmans éclairés, mais issus de la sphère islamique que cet islam peut s’enraciner.


[1] Chebel (Malek). Manifeste pour un islam des Lumières : 27 propositions pour réformer l’Islam, Hachette, Paris, 2004. https://catalogue.frantiq.fr/cgi-bin/koha/opac-detail.pl?biblionumber=484397

[2] Belhaj (Abdessamad). L’autre islam, L’Harmattan, Paris, 2021. https://rechercher.bibliotheque-diderot.fr/discovery/search?query=lds07,contains,262419602&tab=Everything&search_scope=MyInst_and_CI&vid=33ENSL_INST:33ENSL_INST&offset=0

[3] Abu Zayd (Nasr). Critique du discours religieux, Actes sud, Arles,1999. https://catalogue.frantiq.fr/cgi-bin/koha/opac-detail.pl?biblionumber=455505

[4] https://theconversation.com/le-difficile-chemin-vers-lislam-des-lumieres-148490

[5] https://catalogue.frantiq.fr/cgi-bin/koha/opac-detail.pl?biblionumber=472610

[6] https://catalogue.frantiq.fr/cgi-bin/koha/opac-detail.pl?biblionumber=473898

Issam Ghedab

https://catalogue.frantiq.fr/cgi-bin/koha/opac-detail.pl?biblionumber=473041

[7] https://catalogue.frantiq.fr/cgi-bin/koha/opac-detail.pl?biblionumber=484805

Notre catalogue fait peau neuve

Ce chantier d’évolution de notre catalogue Frantiq a débuté depuis plusieurs mois pour permettre d’exploiter au mieux les nombreuses informations présentes dans notre catalogue et vous fournir une meilleure ergonomie.

Ces améliorations ont ensuite été développées et mises en production cet été 2023, grâce au travail de notre prestataire informatique TAMIL, au suivi du directeur technique Miled Rousset et de l’administratrice fonctionnelle Marie Chebance. 

Nous vous présentons ci-dessous les grandes nouveautés, déjà en production.

Les rebonds entre notices de notre catalogue 

  • Voir en un clic les ouvrages rattachés à une collection.

Exemple pour la collection Ancient Near Eastern Studies Supplement :

  • Voir en un clic les extraits (articles ou chapitres d’ouvrage) rattachés à un document.

Exemple pour l’ouvrage Le palais d’Amathonte, des origines à la fin de l’Antiquité :

Ou pour le congrès Matières premières en Europe au 1er Millénaire av.n.è de l’AFEAF :

Ou encore, pour la revue Ktèma :

Donner à voir les notices du SUDOC en exploitant l’alignement de nos auteurs avec Idref (autorités SUDOC)

 

IdRef : référentiel auteurs et collectivités pour l’enseignement supérieur et la recherche

Frantiq utilise depuis quelques mois la base IdRef comme source pour les autorités auteurs et collectivités et un alignement des auteurs du catalogue Frantiq et de la base IdRef est en cours. Vous pouvez maintenant visualiser en un clic toute la littérature signalées dans le SUDOC à laquelle l’auteur à participer (en tant qu’auteur, préfacier, éditeur scientifique, directeur de thèse, etc) quand le logo IdRef apparait sur la notice. 

Exemple sur une notice d’ouvrage

 

Enseignants/ Chercheurs : testez votre nom pour voir quelles parutions apparaissent dans le SUDOC grâce au bouton IdRef.

Nota Bene : un clic sur le nom de l’auteur vous permettra comme avant d’accéder à l’ensemble de sa bibliographie présente dans Frantiq. 

Donner à voir la richesse des mots clés du thésaurus Pactols

 

Pactols : vocabulaire contrôlé, normalisé et multilingue pour l’archéologie et pour les sciences de l’Antiquité sous tous leurs aspects.

 

Ce vocabulaire est utilisé pour indexer les ouvrages du catalogue.  Un encart sur la notice vous affiche les mots-clés choisis et vous pouvez visualiser dans un onglet Opentheso (nom du logiciel qui gère le thésaurus Pactols) les mots-clés utilisés pour cette notice dans la hiérarchie du thésaurus.

Exemple :

L’onglet Opentheso vous permet de voir également les synonymes et traductions des termes utilisés.

Sachez aussi que si vous recherchez sans le savoir par la traduction ou le synonyme d’un terme Pactols vous obtiendrez l’intégralité des notices appelant ce terme (comme si vous aviez recherché avec le terme Pactols).

Et toujours : la présence d’un encart Mir@bel pour les accès en ligne

Comme pour la version précédente, vous retrouvez un encart pour chaque revue du catalogue Frantiq qui vous indique les accès en ligne disponibles, issu des données de la base Mir@bel.

Par exemple pour Syria, on voit que le volume recherché est disponible en texte intégral et librement sur plusieurs plateformes.

L’affichage des accès en ligne provenant de la base de connaissance sur les revues Mir@bel, a été améliorée fin 2024 : voir le billet Frantiq du 30/09/24 à ce propos pour en savoir plus.

Sans oublier l’accès à votre compte lecteur !

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Bonne recherche et bonne lecture !

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M. Arkoun : de la déconstruction à la quête d’un humanisme musulman

L’homme est un problème pour l’homme / Tawḥīdī (m. 1023)

Pour la rédaction de cet article présentatif, nous avons consulté différentes études mettant en lumière maintes questions problématiques de la pensée de M. Arkoun (1928-2010).

Cet éminent historien de la pensée islamique s’est donné pour mission de renouveler, à l’instar du réformiste Martin Luther (m. 1546), celle-ci en proposant une nouvelle approche, plus précisément, à travers une discipline qu’il a intitulée « islamologie appliquée ».
A la différence de l’islamologie classique – qui se cantonne à une approche philologique et historico-critique – sa nouvelle approche s’étendait à l’ensemble de la production de la connaissance, qu’elle soit savante ou orale : non verbale, le mythe, le rite, les coutumes, la musique, les costumes, l’architecture etc.

Dans un premier temps, M. Arkoun s’est assigné l’objectif de déconstruire le discours islamique traditionnel en vue de lui substituer une méthode pluridisciplinaire fondée sur de nouveaux paradigmes dont l’épistémologie scientifique contemporaine.

Pour ce faire Arkoun a privilégié une approche cognitive contre la vision mytho-idéologique pour soumettre la pensée islamique à une rigoureuse relecture, pour ensuite la reconstruire. D’où le sens de son combat intellectuel, qui a connu plusieurs étapes et tournants. Dès les années 60, il a renoué avec un « humanisme éthique » qui exalte le multiculturalisme s’enracinant dans le climat philosophique des X ͤ et XI ͤ siècles, à travers ses principaux représentants que sont Tawhîdî (m. 1203) et Miskawayh (m. 1030) (cf. l’humanisme arabe)à qui justement il a consacré sa thèse de doctorat et traduit son Traité d’éthique  en 1969. 

Nourri  à la fois par ses maîtres « orientalistes » (L. Massignon, m. 1962 ; H. Laoust, m. 1983) et par l’école des Annales qui a élargi le champ de la recherche historique en s’ouvrant aux autres disciplines des sciences humaines (sociologie, histoire des mentalités, psychologie…), Arkoun se voulait en rupture à la fois avec le discours islamique traditionnel, à ses yeux dépassé, depuis l’avènement de la « modernité » ; et avec celui des orientalistes qui concentrait ses recherches sur la production livresque de l’islam avec une approche historique et philologique, véhiculant un discours positiviste et hypercritique.
Au cours d’une longue carrière académique dans l’enseignement et la recherche, M. Arkoun a pu forger plusieurs concepts clés qui permettent de décrypter le discours islamique. Pour le chercheur aucun progrès ne peut se faire sans le questionnement du statut théologique de la Révélation qui est considérée par l’orthodoxie comme la Parole de Dieu. Seul le courant rationaliste mutazilite avait remis en cause ce dogme en affirmant que le Coran est créé et distinct de Dieu. Il s’inscrit alors dans une historicité qu’il convient de réinterpréter en fonction du contexte historique, social, culturel. M. Arkoun qualifie le Coran de corpus officiel clos. Selon lui, le pouvoir politique omeyyade aurait occulté tous les débats sur les divergences sous-tendues par l’oralité en imposant une version unique fixée par écrit. Les savants religieux ou traditionnels auraient contribué à figer le texte et son interprétation avec comme représentant le fondateur de l’école juridique al-Shâfi‘i (m. 820). Ce dernier aurait à travers on œuvre clé la Risâla, restreint la place de la raison dans l’interprétation des sources à savoir le Coran et hadith. En voulant désacraliser la notion de « vérité » charriée par le Texte (naṣṣ) et en la rendant plurielle, Arkoun souhaite désamorcer toute forme de violence véhiculée par une lecture déshistorisée de l’islam par ses adeptes. Une fois ce travail réalisé, il fallait promouvoir un modèle de savant en réactivant un humanisme islamique notamment à travers la figure de Miskawayh.
Par la suite, M. Arkoun se préoccupera de mettre au point une approche du Coran, essentiellement linguistique, qu’il affine avec le temps (Lectures du Coran, 2016) Le concept d’« idéologie » est omniprésent chez l’auteur, si bien qu’il estime qu’aujourd’hui encore l’islam est instrumentalisé par les différents pouvoirs en place, souvent despotiques ainsi que par les islamistes.
D’une érudition très élaborée, notamment, dans ses premiers écrits, M. Arkoun s’est ouvert à un public plus large en simplifiant sa pensée, à travers des ouvrages-entretiens, mais aussi en faisant traduire ses ouvrages en arabe par un de ses disciples d’origine syrienne (Hachim Salih).

Cette nouvelle façon de revisiter l’islam a séduit de nombreux chercheurs comme la féministe Leila Tauil, ou encore l’islamologue, son disciple Rachid Benzine. La démarche arkounienne attire souvent une élite, déçue par l’approche traditionnelle, répétitive et sacralisante, En revanche, du fait d’un décalage culturel conséquent, il ne trouve pas d’échos auprès de la masse des musulmans.

Les « gardiens de la Tradition » pérennisent une conception idéalisée de l’histoire, surtout celle des débuts de l’islam, et restent ainsi prisonniers d’un schéma de pensée figée, typique du Moyen-Age.

Dans le cadre d’une réévaluation critique de la pensée arkounienne, nous pouvons mentionner les réserves, voire l’opposition suscitées contre l’approche sémiotique-linguistique appliquée à l’analyse du texte coranique. Au regard de l’islamologue A. Mérad, cela revient à « banaliser le verbe coranique ». (L’exégèse coranique,  PUF, 1998, p. 38-39).

De son coté Makram A. (philosophe-ENS Lyon) lui fait le même reproche : « Pour ce faire, Arkoun applique pêle-mêle les outils de l’analyse littéraire du récit empruntés aux différents courants de la critique sémiotique, sociologique ou de l’imaginaire. Les résultats sont toutefois limités du fait que le texte lui-même refuse de se plier aux différentes théorisations conduites à partir d’autres types de textes (roman, conte, poésie, autobiographie) ».Pour un islam humaniste. Une lecture contemporaine du Coran, de Muhammed Shahrour ; traduit de l’arabe, présenté et annoté par Makram Abbès, Les Editions Cerf, 2019. (Note  insérée dans l’introduction par M. Abbès, p. 19.)

Certains de ses collègues, comme l’historien tunisien M. Talbi lui ont reproché de céder trop facilement à la mode des nouvelles théories de sciences humaines, qui appliquées au Coran le dépouille de sa dimension métaphysique. D’autres chercheurs tels que les Tunisiens M.-Ch. Ferjani et M. al-Mazzoughi (La raison entre le mythe et la révélation. Sur le nihilisme théorique dans l’islamologie de M. Arkoun (en arabe), Ed al-Jamal, 2007). Et M-CH. Ferjani « Les apport de Mohammed Arkoun à l’étude des faits religieux », in Etudes maghrébines, n° 13, 2001.), lui reprochent, au contraire, de rester prisonnier du schéma religieux. Pourtant, M. Arkoun lui-même employait les mots de démythologisation et de démystification qu’impliquent ce travail de déconstruction.

Il n’en demeure pas moins vrai que M. Arkoun a forgé plusieurs concepts et notions qui ont servi de grille de lecture. Plutôt que de répéter en moins bien ce que des chercheurs tels le sociologue marocain M. el-Ayadi ou le vulgarisateur R. Benzine ont déjà écrit, nous nous bornerons à mentionner les références bibliographiques où sont listées et explicitées ces notions arkouniennes ainsi que ses sources d’influences (Foucault, Derrida, Bastide) en fin d’article.

En déconstruisant les différentes strates du discours islamique, accumulées au cours des siècles aussi bien par l’orthodoxie que par le pouvoir, M. Arkoun a contribué, à la lumière d’une approche multidisciplinaire à désidéologiser l’islam. Bien que ses contributions au renouvellement des études islamiques soient considérables, il a laissé de nombreux chantiers ouverts à la postérité, notamment l’édition critique du Coran. En effet, pour Arkoun, toute critique préalable, au regard du poids du Coran dans l’islam, doit passer par une interrogation du statut théologique de la Révélation. Tout en faisant une promotion d’une laïcité ouverte sur l’étude du fait religieux et comprise comme une attitude critique face à la connaissance et non pas une idéologie de combat (laïcisme). Pour ce faire, il appelait de ses vœux à réaliser une critique de la raison occidentale, héritée des Lumières. Plus largement, la tâche du renouveau de la pensée islamique incombe à la fois aux dirigeants politiques et aux intellectuels qui doivent tout mettre en œuvre pour bâtir une société démocratique, laïque et humaniste.

Laissant derrière lui une considérable production, recensée en grande partie par Olivier Dubois (documentaliste MMSH-Aix) à travers un article paru dans Arabica, il nous a semblé judicieux à titre de prolongement de cette brève présentation, de créer une base de données qui permette un  accès au texte intégral dans la mesure du possible,  avec l’aide de collègues de la MOM (Huges Paquot et Fanck Capisano)  en hommage à Mohammed Arkoun. Celle-ci rassemblera ses écrits parus dans différents livres et revues, sans parfois exclure des écrits posthumes ou inédits.
Cette base de données bibliographiques est désormais consultable ici.

Issam Ghedab

 

DOCUMENTS CONSULTES
(avec les cotes des ouvrages disponibles et/ou en consultation en ligne)

Abu Zayd, N.  Ḥamid  « Le Langage religieux et la recherche d’une nouvelle linguistique : une lecture de la pensée de Mohammed Arkoun », dans Critique du discours religieux, Arles, Sindbad/Actes sud, 1999, p. 193-212
BAB  BP173.65.  A34  1999

Alaoui, M.  « Mohamed Arkoun (m. 2010) et l’humanisme en contextes islamiques : Raison humaniste ou raison islamique ? », Les cahiers de l’Islam, s.d., https://www.lescahiersdelislam.fr/Mohamed-Arkoun-m-2010-et-l-humanisme-en-contextes-islamiques-Raison-humaniste-ou-raison-islamique_a1044.html (consulté le 19/09/2023).

Arkoun, M.  « Chapitre VI. L’Islam actuel devant sa Tradition », dans J. Berque, R. Arnaldez, A.-M. Turki, P. Lambert, A. Merad, G. Harpigny, S. de Beaurecueil, Aspects de la foi de l’Islam, Bruxelles, Presses de l’Université Saint-Louis, 2019, p. 149‑192, http://books.openedition.org/pusl/6695 (consulté le 19/09/2023).

Bakouche, A. Refondation épistémologique du patrimoine arabo-islamique (al Turāṯ) selon deux penseurs modernes : Muḥammad Arkoun & Muḥammad ‘Ābid Al-Ğābrī, La Sorbonne (inédit).
BAB  SD9

Benkheira, M. H.  « Mohammed Arkoun et l’islamologie », Les cahiers de l’Islam, s.d., https://www.lescahiersdelislam.fr/Mohammed-Arkoun-et-l-islamologie_a509.html (consulté le 19/09/2023).

Benzine, R.  « Mohammed Arkoun, le pensable, l’impensable et l’impensé dans l’islam contemporain », dans Les nouveaux penseurs de l’islam, Paris, Albin Michel, 2004, p. 89‑118.
BAB  BP163.  B4  2004

Bidar, Abdennour. « Mohammed Arkoun et la question des fondements de l’islam », Esprit Février/2, 2011, p. 150‑175.
https://www.cairn.info/revue-esprit-2011-2-page-150.htm&wt.src=pdf5

Brahimi, M. A.  « La rencontre improbable de Mohammed Abed al-Jabiri et Mohammed Arkoun : analyse comparée de la production des livres de philosophie islamique contemporaine », SociologieS, 2019, https://journals.openedition.org/sociologies/12394 (consulté le 19/09/2023).

Dubois, O.Contribution à une bibliographie de Mohammed Arkoun in Arabica, T.60 fasc. 5, 2013, p. 473-515.

Duthu, F. « Mohamed Arkoun « Le concept de raison islamique » », Les cahiers de l’Islam, s.d., https://www.lescahiersdelislam.fr/Mohamed-Arkoun- Le-concept-de-raison-islamique _a506.html (consulté le 19/09/2023).

El Ayadi, M. « Mohamed Arkoun ou l’ambition d’une modernité intellectuelle », dans Penseurs maghrébins contemporains, Tunis, Cérès éditions, 1994, p. 43‑71.
BAB  B5335.  P4  1994

El Makrini, N. Regards croisés sur les conditions d’une modernité arabo-musulmane : Mohammed Arkoun et Mohammed al-Jabri, Louvain-la-Neuve, Belgique, Academia-l’Harmattan, 2015.
BAB  BP173.63.  M3  2015

El Mossadak, E. H. Arkoun et la reconstruction de la pensée islamique, s.l., Centre culturel du livre / IMA, 1999, https://www.imarabe.org/fr/file/352791/download?token=IxXZvoDt.

 

Ferjani, Mohamed-Chérif « Les apports de Mohammed Arkoun à l’étude des faits religieux », Etudes maghrébines : revue de recherche et de bibliographie maghrébines 13, s.d., p. 14‑21.
P  Périodiques RPN299

Ferjani, Mohamed-Chérif.  « Hommage à Mohammed Arkoun, l’esprit critique », SaphirNews, 2010, https://www.saphirnews.com/Hommage-a-Mohammed-Arkoun-l-esprit-critique_a11844.html?print=1.

Radwan, S. ad-Din  « L’humanisme de l’exégèse coranique selon les approches de Mohammed Arkoun », dans Islam et humanisme : herméneutique et lectures contemporaines, Arras, Artois Presses Université, 2018, p. 91‑99.
BAB  BP190.5.H8.  I74  2018

Sellam, Sadek. « Arkoun ou le culte des sciences sociales », dans L’islam et les musulmans de France :  perceptions, craintes et réalités, Paris, Tougui, 1987, p. 413‑424.

Tauil, Leila. « Violence et islam : le triangle anthropologique “violence, sacré, vérité” de Mohammed Arkoun », Revue de Théologie et de Philosophie 150/3, 2018, p. 231‑250.
https://revues.droz.org/RThPh/article/view/RThPh_150.3_231-250/pdf

Tauil, Leila. Mohammed Arkoun : une approche critique, subversive et humaniste de l’islam, Paris, France, l’Harmattan, 2022.
BU Chevreul 4e étage cote 297 ARK

Tauil, Leila. « Le statut du Coran à la lumière de l’islamologie appliquée de Mohammed Arkoun : la thèse mu‘tazilite du Coran créé », s.d.,
https://crosstalks.vub.ac.be/sites/crosstalks/files/2021-04/Lei%CC%88la%20Tauil_Le%20statut%20du%20Coran%20a%CC%80%20la%20lumie%CC%80re%20de%20l%E2%80%99islamologie%20applique%CC%81e%20de%20Mohammed%20Arkoun.pdf

 

Mohammed Arkoun, un demi-siècle de production scientifique en islamologie : une base de données bibliographiques de recensement de la production scientifique de et autour de l’islamologue Mohammed Arkoun avec des liens vers les ressources textuelles si elles existent.

 

 

Gérer les collections patrimoniales de la bibliothèque de la MOM : un stage multi-facettes

Le saviez-vous? La bibliothèque possède des ouvrages Rares, Anciens et Précieux. C’est le fonds RAP, et il contient environ 1800 documents anciens, datant parfois du XVIème siècle! Impressionnés?

Fragiles, précieux, parfois difficiles à manipuler, ils sont accessibles au public sur demande uniquement. C’est pourquoi la bibliothèque veut les numériser et les mettre en ligne sur la plateforme Digimom, pour le grand public.

Pourquoi je vous raconte tout ça ?
Stagiaire d’avril à juillet 2023, j’avais la grande mission de préparer un corpus d’ouvrages à numériser. Mais dès mon arrivée, j’ai vite compris que ces 4 mois allaient être insuffisants pour terminer le projet. Sélectionner des ouvrages à numériser, au premier abord, ne semblait pas être très compliqué. Seulement, impossible de mettre la main sur certains ouvrages : le fonds était complètement désorganisé. La faute à un déménagement des documents – nous ne citerons ici aucune société – qui s’est mal passé. C’est ainsi que commence ma première mission de stage : réorganiser le fonds et trouver un plan de classement pour ces ouvrages, encore mieux que celui qui existait à l’époque.

Vous vous en doutez, il n’est pas possible de ranger les documents à la suite des autres. Pour établir un plan de classement, il faut mettre en place un ensemble cohérent et organisé selon des critères précis (format, thématique, auteur, date, etc.). Et n’est pas tout, il faut aussi respecter bon nombre d’objectifs. Ici, en l’occurrence : retrouver facilement les ouvrages, pouvoir repérer les auteurs phares – comme Salomon Reinach, exemple choisi au hasard – et surtout, gagner de la place. Or, comme si cela ne suffisait pas, nos ouvrages RAP sont particuliers. Il n’y a pas toujours d’auteur identifiable, les formats sont très différents, et les livres sont plus fragiles que d’ordinaire (à cause de leur ancienneté et des matériaux qui les composent). En bref, réorganiser ce fonds n’est pas une mince affaire.

Heureusement, un autre stagiaire avait déjà réfléchi à la question juste avant mon arrivée : Tristan Pertegal. Lauréat du concours 2022 de bibliothécaire d’état, il est venu à la bibliothèque en février-mars pour son stage pédagogique dans le cadre de la formation des élèves fonctionnaires bibliothécaires avant de prendre son poste. Avec Véronique Faure, la responsable du fonds RAP, nous avons repris ses idées et nous nous sommes plongés dans cette quête. Tantôt à débattre du système le plus optimal pour repérer les livres, tantôt armé d’un mètre à couture, de planches de bois et d’une détermination sans faille pour agencer la pièce du mieux possible ; la réalisation a été tant intellectuelle que manuelle. Mission accomplie, le nouveau plan de classement est prêt et la réorganisation bien entamée. Un grand merci aux bibliothécaires qui nous ont aidés à déplacer des ouvrages aussi grands que mes jambes.

Mais Rome ne s’est pas construite en un jour ; même si nous savons désormais comment procéder pour la réorganisation, cela va prendre du temps. En particulier avec une telle masse de documents, et une seule personne responsable pour s’en occuper – ce qui explique les stagiaires en renfort. En l’état, il est donc toujours aussi difficile de prendre des repères au milieu de tous ces livres. Rappelez-vous, mon autre mission est d’établir un ensemble de documents à numériser, et dans l’idéal de commencer la numérisation. Je devais donc parcourir les 1800 documents du fonds RAP, et faire une sélection.J’avais conscience de ne pas avoir le temps suffisant pour terminer la mission. Il m’était tristement impossible de proposer un corpus complet et détaillé dans le temps imparti. N’étant pas du genre à aimer rendre un travail à moitié fait, j’ai proposé à la place une politique de numérisation. Pour vous expliquer simplement, ce petit document de trois pages répertorie tous les critères de sélection et donne des détails sur la procédure mise en place. Mais pour que cela fonctionne, il fallait faire appel à de l’informatique documentaire – et à Marie Chebance, bibliothécaire experte en la question. Résultat, grand plongeon dans la partie immergée du catalogue, à écrire en langage SQL et à formuler des requêtes dans notre logiciel Koha. Remonté à la surface, il n’y avait plus qu’à demander l’avis des responsables du service numérisation pour finaliser le document.

Un scanner à la pointe pour des images de qualité © Bouchard Clément 2023

Vous l’aurez compris, maintenant il faut passer à l’étape de réalisation pour enrichir la plateforme Digimom. Priorité aux thématiques des CollEx [c1] de la MOM et aux ouvrages de voyages archéologiques. Après tout, peut-être que ces collections patrimoniales cachent des pépites scientifiques…

Riche en collaboration et en partage d’idées, ce projet m’a montré bien des facettes du métier de bibliothécaire. Travailler entouré de la bienveillance et de l’expertise des membres de l’équipe était particulièrement motivant. Il reste encore beaucoup à faire, mais tout est en place pour laisser la main aux collègues ou à un futur stagiaire !


Les dons O. Callot et J.-F. Salles

À l’automne 2022, la bibliothèque de la MOM a eu l’opportunité et le privilège de bénéficier de deux importants dons d’anciens chercheurs de la MOM, et pas des moindres : Olivier Callot et Jean-François Salles.

Le legs d’Olivier Callot, architecte-archéologue décédé en 2022, représente près d’un millier de documents (ouvrages, fascicules de revues, rapports, tirés-à-part…) couvrant principalement tous les pans de son activité et de ses intérêts scientifiques (histoire, archéologie, histoire de l’art, numismatique, architecture…) en lien avec les pays où il avait exercé (Liban, Jordanie, Syrie, Chypre, Koweït, Émirats…). Un gros tiers des ouvrages récupérés ont été identifiés comme des « inédits », c’est-à-dire absents des collections de la bibliothèque. On y trouve notamment des volumes sur l’histoire de l’Empire byzantin, de l’Orient latin, de numismatique médiévale et d’exploration archéologique du Proche-Orient.
Le traitement du don Callot est terminé et les « inédits » qui concernaient tous les préfixes, ont pratiquement tous été intégrés aux collections de la bibliothèque.

Le legs de Jean-François Salles, archéologue et ancien directeur de la MOM, comprend, lui, près de 1500 volumes autour de diverses thématiques (archéologie, histoire, religion, histoire de l’art, navigation, économie, épigraphie…), mais qui ont du sens eu égard à son activité scientifique en Méditerranée orientale (Grèce, Chypre), au Proche-Orient (Liban, Syrie, Jordanie, Golfe arabo-persique…) et au-delà (Sri-Lanka, Inde, Bangladesh…).
Ici aussi, forcément, beaucoup de doublons avec nos collections, mais également de nombreux « inédits », notamment ceux relatifs à sa participation aux fouilles de Mahasthan (Bangladesh) et à son intérêt scientifique pour le sous-continent indien. L’intégration, en cours, de ces ouvrages sur cette thématique est une vraie plus-value pour la bibliothèque. Ainsi, il s’agit d’une documentation assez originale, cohérente et peu (voire pas) diffusée en France, car publiée en Inde ou au Bangladesh et rapportée directement par Jean-François Salles. Il faudra valoriser ces ouvrages, qui, pour certains, ne se trouvent qu’à la bibliothèque de la MOM, afin d’en donner une plus grande visibilité extérieure. L’essentiel des ouvrages sur le sous-continent indien s’intégreront aux collections d’AOR pour la période antique et en BAB les époques médiévale et suivante.

Il va sans dire que les doubles des dons Callot et Salles serviront précieusement lors des campagnes d’échanges d’ouvrages qu’entretient la bibliothèque avec des centres documentaires partenaires en France et à l’étranger.

Fiqh, le droit musulman entre permanence et changement

L’islam se veut une religion globale qui régente la vie du croyant dans les moindres détails. Ce postulat va donner naissance à la plus ancienne des sciences islamiques, à savoir le droit musulman plus communément appelé fiqh. Littéralement signifiant compréhension/appréhension profonde de la religion, le fiqh qualifie une discipline juridique qui régit l’ensemble de la vie du musulman. Ceci aussi bien sur un plan vertical concernant son rapport au divin que sur un plan horizontal c’est-à-dire sur ses liens avec autrui et le monde. On peut dire qu’il désigne le droit musulman dans son intégralité ; souvent traduit par jurisprudence (avis juridiques/jugements rendus dans les tribunaux). Cependant, cette définition/appellation est erronée car elle ne rend compte que d’une partie de ce que recouvre le droit musulman. Même Joseph Schacht1, spécialiste en la matière, n’a pas échappé à cette erreur/confusion. Par définition, le fiqh renvoie à la loi ; encore convient-il de distinguer le fiqh de la charia (šarīʿa)2. Celle-ci désigne la loi islamique qui se ressource dans les deux premiers fondements religieux que sont les deux sources scripturaires (Coran et Sunna). Elle formule des règles générales considérées comme immuables par les docteurs de la Loi. Pour l’orthodoxie, elle détermine le credo (‘aqîda), la morale (‘akhkâq) et aussi le fiqh. Celui-ci est constitué de règles déduites/induites de la charia par un procédé d’extraction (‘istinbât). Le fiqh traite de cas particuliers qui peuvent varier en fonction du temps et du lieu. La notion de charia est plus large, puisqu’elle intègre les dimensions théologique et spirituelle.

Sur plus de 6200 versets du Coran, un peu plus de 500 ont une portée à caractère juridique (soit 12 %), dont moins de 300 le font d’une manière explicite (70 sur le statut de la famille et des successions, 70 le droit civil et 80 sur les peines pénales ; et une vingtaine relatifs au rôle et devoir des juges). Globalement on y relève Continuer la lecture de Fiqh, le droit musulman entre permanence et changement

  1. Goldziher,I. and, Schacht, “Fiḳh”, in: Encyclopédie de l’Islam
    Fiḳh — Brill (univ-lyon2.fr) []
  2. Dupret (Baudoin) sous la dir. de. La charia aujourd’hui, Paris, La Découverte, 2012, 301 p.
    BAB KBP50. C48 2012 []

Politiques des revues pour l’auto-archivage

Rendre accessible votre article sur HAL : quelles versions, quelles conditions ?

Le CNRS et les Universités incitent de plus en plus les chercheurs à déposer leurs articles en archives ouvertes. Ils s’appuient sur la Loi pour une République Numérique (LRN), qui autorise le chercheur à mettre à disposition son manuscrit accepté pour publication quelle que soit la politique de diffusion de l’éditeur et sa nationalité, dès publication si l’article est lui même accessible gratuitement en ligne ou sinon, 12 mois suivant la date de publication (en SHS). Pour rappel, le schéma ci-dessous présente les différentes versions d’une publication et leurs conditions de dépôt.

3 versions d'article pour les politiques d'auto-archivage

Il est donc important de conserver le manuscrit auteur accepté (MAA ou Postprint), c’est à dire la version revue par les pairs avant mise en page de l’éditeur, afin de pouvoir déposer cette version selon la loi (en appliquant de préférence la licence CC BY NC). En ce concerne la version de l’éditeur, elle peut être déposée dans HAL, seulement si l’article est publié en Open Access sous licence Creative Commons (CC) ou Copyright ©/tous droits réservés aux auteurs (et non à l’éditeur !) , ou si vous avez obtenu l’autorisation de l’éditeur.

Certains éditeurs qui utilise une plateforme de soumission des articles peuvent vous permettre de récupérer le MAA, si vous êtes l’auteur correspondant. Voici quelques procédures pour un certain nombre d’éditeurs (Wiley, Taylor & Francis, Elsevier, etc.) et le lien vers la plateforme Editorial Manager, utilisée par de nombreux journaux listés ici.

En 2020, Juliette Royère a commencé à récolter ces politiques pour les revues dans lesquelles les chercheurs des laboratoires de la MOM publient (elle en parlait ici). Le tableau joint à la fin de ce billet est le fruit de son travail et de la mise à jour d’Amélie Descollonges en juin 2022.

Cette liste de 228 revues passées à la loupe, provient des références des articles des chercheurs des laboratoires de la MOM signalées sur l’archive ouverte HAL. 

Le tableau indique pour les 3 versions de l’article (voir le schéma ci-dessus) la politique de la revue pour le dépôt dans HAL et renseigne le style de référence requis par la revue (la feuille de style Zotero ou les consignes aux auteurs pour rédiger les références bibliographiques). Les données proviennent de différentes sources (indiquées sur le tableau) :

  • Le service JISC Open Policy Finder (anciennement Sherpa Romeo), qui recense les politiques éditoriales des revues  vis à vis de l’accès ouvert.  Mais c’est encore loin d’être exhaustif pour nos disciplines ;
  • Les sites web des revues ;
  • Un questionnaire envoyé aux éditeurs en mars 2020.

Certaines lignes ou cellules sont restées vides, faute d’informations suffisantes.  Vous trouverez également dans ce tableau le lien cliquable sur le titre de la revue vers la plateforme Mir@bel qui signale les accès en ligne disponibles, car nous avons renseigné l’ensemble de ces revues sur Mir@bel.

Ce tableau pourra être amené à évoluer. N’hésitez pas à nous faire part d’erreurs ou de changements dont vous auriez connaissance et à nous demander l’ajout d’une revue manquante.

PDF à télécharger : Tableau des politiques de 228 revues vis à vis de l’auto-archivage (mise à jour octobre 2022, contact pour demande de mise à jour : mariepointchebancearobasemompointfr).

Négocier un avenant et stratégie de non cession des droits

Si vous constatez que le dépôt sur HAL de l’article n’est pas autorisé dès publication dans la revue où vous vouliez publier, vous pouvez appliquer la stratégie de non cession (=conservation) des droits en ajoutant un paragraphe à ce propos dès la soumission de votre article et en ajoutant la mention “CC-By 4.0” à toutes les versions successives de votre manuscrit. Cette stratégie permet de mettre en libre accès immédiat vos productions scientifiques jusqu’à la dernière version acceptée pour publication par l’éditeur (le MAA mais pas le pdf éditeur !) quel que soit le modèle de diffusion de la revue et quel que soit sa politique d’auto-archivage. Cette stratégie est recommandée par l’ANR et la commission européenne, qui demandent que tous les articles issus des projets qu’elles financent soient disponibles en accès ouvert et sous licence libre dès leur date de publication (la LRN ne suffit donc pas).  Le Comité pour la Science Ouverte (COSO) a rédigé un guide pratique pour vous aider à mettre en œuvre simplement cette stratégie

Il vous est également possible de négocier un avenant rétrospectivement à votre publication, de nombreux modèles existent, voici une page explicative sur le site science ouverte de couperin.

Mise à jour oct. 2024. N’hésitez pas si vous avez des questions à venir me voir ou m’écrire : Marie Chebance (2ème étage de la MOM).

Pour en savoir plus :
CCSD. « Questions juridiques », HAL Documentation. <URL: https://doc.archives-ouvertes.fr/questions-juridiques/>.
Comité pour la science ouverte (CoSo), 2020. « Je publie, quels sont mes droits ? », octobre 2020 <URL: https://www.ouvrirlascience.fr/je-publie-quels-sont-mes-droits>.
Comité pour la science ouverte (CoSo), 2022. « Mettre en œuvre la stratégie de non-cession des droits sur les publications scientifiques » <URL: https://www.ouvrirlascience.fr/mettre-en-oeuvre-la-strategie-de-non-cession-des-droits-sur-les-publications-scientifiques>.
 

Le hadith, deuxième source du droit en islam

Signifiant une information d’ordre général, ce terme en est venu à désigner ce  qui se rapporte aux paroles, actions et approbations tacites du Prophète de l’islam (son silence devant des paroles et les actions de son entourage équivaut à son consentement) transmis par son entourage (famille et compagnons), aussi bien dans un contexte privé que public[i]. Rassemblés puis consignés dans des corpus, cette tradition prophétique deviendra la deuxième source du droit en islam, après le Coran. Ce dernier confère au hadith une autorité juridique où il est vivement recommandé aux croyants de prendre le Prophète comme modèle. Ex ( S. 7 : V. 150). Le hadith servira à établir la sunna qui constituera une des sources fondamentales du droit islamique. La Sunna[ii]  désigne le mode de vie du Prophète, qu’il incombe aux musulmans de suivre, c’est-à-dire sa tradition en tant qu’être inspiré par Dieu. Elle prolonge et explicite le Coran bien qu’étant de nature différente au niveau de la révélation. Néanmoins, hadith et sunna finiront, avec le temps, par revêtir la même signification. Il convient de distinguer également le hadith de la la sīra qui est une description chronologique de la vie quotidienne de Muhammad dans ses moindres détails (ses paroles y sont rarement mentionnées contrairement au hadith). Autre différence à relever entre le hadith et la sīra réside dans la chaine de transmission qui n’était pas toujours estimée fiable quant aux évènements rapportés.

 

Revenons maintenant au hadith en lui-même. Il se compose de deux parties. Il y a le contenu appelé matn, pl. mutūn  qui décrit en général une situation et il y a la chaine de transmission (isnād pl. asānīd) composée des rapporteurs des faits et paroles prophétiques. Il convient de signaler une subtilité dans le hadith. La plupart sont appelés prophétiques (hadith nabawī) mais il existe une catégorie plus rare appelée qudusī  (saint) ou rabbānī (divin). Contrairement au nabawī, le hadith qudusī  est d’inspiration divine. Comme pour le Coran c’est Allah qui « parle » mais la formulation est propre au Prophète. Autrement dit le fond est divin tandis que la forme est d’ordre prophétique (humaine) contrairement au Coran dont et la forme et le fond émanent de Dieu. Une autre distinction fondamentale entre Coran et hadith qudusī  est que ce dernier n’a pas de caractère sacré et ne peut servir de récitation lors de la liturgie (prière). Son statut se situe à mi-chemin entre le hadith prophétique et le Coran. N’étant pas forcément authentique, sa non-reconnaissance par un musulman ne remet pas en cause son statut de croyant. Enfin hormis l’école ẓāhirite une large majorité au sein du sunnisme soutien le fait que le hadith ne peut abroger le Coran alors que l’inverse est vrai.

 

Constitution des recueils de hadith.

Quand on remonte aux débuts de l’histoire de la mise par écrit du hadith on trouve certains acteurs qui ont contribué à la rédaction du Coran. Zayd Ibn Thābit et ‘Abd ‘Allah Ibn Masʿūd (scribes du Prophète) auraient mémorisé les paroles de Mohammed. Ordre avait été donné, du vivant du Prophète, de ne pas les mettre par écrit afin, dit-on, d’éviter toute confusion avec le Coran. L’enseignement oral du hadith fut privilégié dans un premier temps, ce qui n’a pas empêché sa mise par écrits à usage personnel (aḥīfa  p. uuf ) circulant parfois de maîtres à disciples sous forme de notes de cours et de support pour la mémoire. Il faudra attendre le règne de ‘Umar II (Umar b. ‘Abd al-ʿAzīz) pour voir émerger une entreprise de mise par écrit du hadith. Cette mission est confiée, notamment, à l’érudit Ibn S̲h̲ihāb al- Zuhrī (m .742 )- personnage clé dans la transmission- qui devait rassembler par écrit les paroles du Prophète. Dans un premier temps, peu d’importance était accordée à la chaine de transmission. Il s’agissait de collecter un matériau brut qui se rapporte de près ou de loin au Prophète[iii]. Cependant face à l’inflation des hadiths, propagés par les conteurs et les partisans des différentes tendances théologiques et groupes politico-religieux, qui faisaient passer leurs idées en les attribuant à Muhammad, la réaction n’allait pas se faire attendre. Le premier livre qui nous est parvenu est al-Muwaṭṭaʾ [iv] de l’imam Mālik b. Anas (m. 795) (éponyme de l’une des quatre écoles juridiques – le mālikisme). Bien que contenant des hadiths, ce recueil est aussi un ouvrage juridique (fiqh). Mais c’est  al-Buk̲h̲ārī (m. 870)[v] qui va donner ses lettres de noblesses à la science du hadith, discipline qui atteint son apogée sous son impulsion. Son œuvre maîtresse al-Saḥīḥ est considérée comme le recueil de traditions le plus authentique (aṣaḥḥ). Après avoir collecté plus de 600 000 dits attribués au Prophète il aurait mis plus de 16 années à les étudier (notamment la validité de la chaine de transmission – critique externe) pour n’en retenir au final que 7397 dont 2602 uniqats.  Son œuvre fait partie de la catégorie des Sunan, à savoir dont le classement des hadiths obéit à un ordre thématique. Cette classification est à distinguer d’une autre tout aussi importante dite Musnad.

Le Musnad désigne un type d’ouvrage de hadiths organisés selon le nom des premières rapporteurs, compagnons et épouses du Prophète. L’ordre des rapporteurs bien qu’alphabétique tient compte du rang du rapporteur (la durée et le sérieux de la relation entretenue avec le Prophète). Avec al-Buk̲h̲ārī  une autre discipline s’enracine dans les sciences du hadith. Il s’agit de ʿilm al-rid̲j̲āl (science des Autorités) dont l’objet consiste à passer au crible les différents maillons de la chaîne afin d’évaluer leur crédibilité. Sont pris en compte la conduite morale, le caractère, la religiosité, la qualité de la mémoire, le parti pris ou non pour un clan, etc… de chaque autorité. Toutes ces données étaient recoupées avec d’autres témoignages qui pouvaient soit confirmer soit infirmer la transmission d’un rapporteur. Cela avait une incidence sur le degré d’authenticité du hadith. La critique du hadith a développé une discipline avec une terminologie détaillée propre afin d’identifier le degré d’authenticité du hadit (altéré, apocryphe, incomplet, douteux, étrange, faible, vague, inventé, etc…). En somme cette catégorisation peut se résumer en trois grands ensembles : aḥīḥ (sain), ḥasan (bon) et aʿīf (faible)[vi]. Cette critique s’appuyait sur un genre littéraire historico-biographique qui recensait les notices des rapporteurs. Parmi les livres dédiés à cette critique citons le livre majeur des classes/générations d’Ibn Sa’d[vii] (m. 845) (Kitāb ṭabaḳat al-kabīra) qui répertorie pas moins de 4200 notices biographiques. Ce genre d’outil permet de valider ou de récuser des rapporteurs qui peuvent aussi être des faussaires. Il convient de préciser que l’écrit et l’oral n’ont cessé de cohabiter dans l’enseignement du hadith (ou du Coran) : jusqu’à nos jours les hadiths sont transmis oralement.

Il existe deux modes de transmissions des hadiths. Soit rapportés littéralement mot à mot (bi-l-lafẓ) ou bien par le sens (bi-l-maʿ nā). Quand deux hadith de valeur égale se contredisent, on essaie d’en déterminer la chronologie afin que le plus récent abroge le plus ancien. On peut citer l’ouvrage du polygraphe Ibn Qutayba (Kitāb al-Mukhtalif al-hadith)[viii]. L’ensemble des hadiths serviront à alimenter d’autres disciplines tels que le fikh (droit) et le tafsīr (exégèse coranique).

 

Du côté des chiites.

Le chiisme duodécimain, courant minoritaire le plus important, se démarque nettement du courant orthodoxe majoritaire, dit sunnisme, au niveau de la constitution de la chaine de transmission. Celle-ci doit impérativement inclure les douze imams – descendants du Prophète via ʿĀlī, époux de sa fille  Fatima. Ils sont appelés les quatorze infaillibles. Le plus célèbre ouvrage reconnu chez les duodécimains est Al-Kāfī d’Al-Kulaynī (m. 941). La validité de la chaîne de transmission n’a pas la même importance que pour les sunnites. On trouve de nombreux hadiths sunnites intégrés dans les ouvrages de hadiths chiites.

 

Critique dite scientifique du hadith.

C’est sous l’impulsion de deux chercheurs, I Goldziher[ix] puis J. Schacht[x] (qui s’est surtout intéressé à la formation du droit musulman) que se constitue la critique académique (scientifique) du hadith. Pour ces spécialistes la masse des hadiths nous renseigne plus sur la société de l’époque à laquelle ils ont été rédigés (un siècle et demi à deux siècles après les événements) que sur les faits qu’ils sont supposés relater.

Goldizher fait partie des premiers orientalistes à rejeter en bloc l’authenticité du hadith. Partant du constat que bon nombre font l’apologie de groupes religieux, ethniques ou de clan politiques et que beaucoup se contredisent, outre les anachronismes qu’ils peuvent contenir, ainsi que  des aspects miraculeux. Il arrive à la conclusion, sans appel, que l’ensemble des hadiths ont été forgés a posteriori dans la mesure où – sous couvert de hadith – chacun pouvait justifier une idée ou diffuser son opinion. Du côté français,  A.L. De Prémare[xi] reprend à son compte le scepticisme vis-à-vis de l’ensemble du matériel du hadith. Cette approche radicale dite hypercritique a été nuancée par les travaux de H. Motzki[xii] et de G.H.A. Juynboll[xiii]. Ce dernier arrive, en partie, au même constat que les traditionnistes (al-mūḥadditūn) à savoir qu’un hadith rapporté par des voies multiples (mutawātir) ne peut être inventé (forgé), notamment ceux qui comportent des rapporteurs communs (common link). L’idée générale étant que des rapporteurs de régions différentes ne pouvaient s’accorder pour inventer la même histoire, même si elle est formulée de façon différente. De plus, les premiers rapporteurs (Compagnons et épouses du Prophète) figuraient dans la plupart des chaînes. Ces critiques en Occident finiront par influencer, du moins en partie, certains auteurs musulmans contemporains, notamment les adeptes du réformisme qui accordent une place importante à la raison. Naquit alors un courant qui contestait la valeur du hadith en tant que sources fiables et sa prétention à réguler le quotidien des musulmans (Ahl al-urʾān ou les coranistes). Les tenants de cette approche concentrent leur critique sur le contenu des propos (critique interne) contrairement à la méthodologie des traditionnistes. Bien que reconnaissant le grand effort de travail critique des autorités antérieures – qui ont traqué les hadiths suspects, invérifiables ou purement inventés, les coranistes n’accordent qu’une importance secondaire au hadith par rapport au Coran. Les réformistes réclament une exigence d’authenticité et préconisent aujourd’hui une approche fondée sur les acquis des sciences sociales et de l’outil informatique pour trier les vraies des fausses paroles prêtées au Prophète.

 

CONCLUSION

C’est suite à un long processus de codification que les recueils de hadiths comme le Saḥīḥ de Buk̲h̲ārī  se verront dotés d’une légitimité encore valable de nos jours partout dans le monde musulman sunnite majoritaire. Afin de répondre à une nécessité ressentie par les fidèles, et pour faire face à une inflation de paroles attribuées au Prophète, des savants décidèrent de fixer par écrit, avec les soutiens du pouvoir, après un laborieux travail d’enquête bâtie principalement sur une méthode de critique des transmetteurs. La fiabilité d’un rapporteur ne garantit pas la crédibilité de ses propos, et inversement, le message d’un hadith peut être valable sans que son rapporteur soit intègre. D’autres importants recueils de hadith jouissent d’une grande réputation chez les sunnites : Le Saḥīḥ de Muslim ( m. 875) – élève de Buk̲h̲ārī – et les quatre Sunan (tradition) : al-Nasāʾī (m. 915), Abū Dāwud ( m. 889), al-Tirmiḏī (m. 869) et Ibn Mād̲j̲a (m. 887).

 

Le rejet total de cette mine d’informations (réelles ou fictives) que représentent les hadiths ainsi que celle des sources apparentées (biographie, histoire) qui reposent sur le même mode de transmission, rendrait impossible toute écriture de l’histoire des débuts de l’islam et de la vie du Prophète. Afin de palier à cette lacune un courant dit hyper critique – pour lequel l’histoire officielle islamique est le fruit d’un long processus de réécriture – propose une nouvelle approche. Porté en France par M.-A. Amir-Moezzi[xiv] et G. Dye ce courant « révisionniste » tend à privilégier les sources non islamiques ou chiite de l’époque afin de proposer une « histoire alternative » à la version sunnite. Cependant, cette approche connaît des limites au regard non seulement de la rareté des documents externes mais aussi du point de vue du caractère idéologique pro-chrétien ou pro-chiite. Des voix s’élèvent à travers tout le monde musulman qui appellent à une étude critique afin de discerner le bon grain de l’ivraie. Cependant ces appels semblent rester lettre morte pour le moment au sein des autorités religieuses.

SOURCES

Sur le plan bibliographique on peut constater l’absence de production scientifique, du moins en français. Nous n’avons trouvé qu’un seul ouvrage traduit de l’anglais qui aborde le sujet : Brown (Jonathan). Le hadith, l’héritage du Prophète Muhammad, des origines à nos jours, Paris, Ed. Tasnime, 2019, 485 p. BAB BP 136. B7 2019 traduction de : Hadith, Muhammad’s legacy in the medieval and modern world, Oxford, Oneworld, 2009. BAB BP136. B7 2009

 Contrairement au Coran, le hadith n’a fait jusqu’à présent l’objet d’aucun ouvrage synthétique ou critique tandis que l’on trouve de nombreuses études en anglais.

 

[i] Soua (K), « ḤADĪTH », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 janvier 2022. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/hadit

 

Robson, J., “Ḥadīt̲h̲”, in: Encyclopédie de l’Islam. Consulted online on 27 January 2022 <http://dx.doi.org.bibelec.univ-lyon2.fr/10.1163/9789004206106_eifo_COM_0248>

 

[ii] Juynboll, G.H.A. and Brown, D.W., “Sunna”, in: Encyclopédie de l’Islam. Consulted online on 27 January 2022 <http://dx.doi.org.bibelec.univ-lyon2.fr/10.1163/9789004206106_eifo_COM_1123>

 

[iii] Merad (Ali), La Tradition musulmane. Presses Universitaires de France, « Que sais-je ? », 2001, URL : https://www-cairn-info.acces.bibliotheque-diderot.fr/–.htm

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Schoeler (Gregor). Ecrire et transmettre dans les débuts de l’islam, Paris, PUF, (Islamiques), 2002, 171 p.

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[iv] Mâlik. Al-Muwatta’ : synthèse pratique de l’enseignement islamique, Beyrouth, Albourq, 2004 , 836 p.

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[v] Robson, J., “al-Buk̲h̲ārī”, in: Encyclopédie de l’Islam. Consulted online on 27 January 2022 http://dx.doi.org.bibelec.univ-lyon2.fr/10.1163/9789004206106_eifo_SIM_1510

El-Bokhâri (trad. Par Houdas et Marçais). Les traditions islamiques, Paris, Maisonneuve, 1984, 4 vol. (2700 p.)

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[vi] At-Tahhan (Mahmoud.). Précis des sciences du hadith, Paris, Alqalam, 2014, 294 p.

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‘Itr(Nur al Din). Lexique des termes techniques de la science du hadith, Damas, MLA, 1977, 133 p.

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[vii] Ibn Sa’d. Tabaqat al Kubra, Dar Kutub al almiya, Beyrut, 1990-1991, 9 vol,  3600 p.

BAB BP136.48. I34 1990-1991

 

[viii] Ibn Qutayba (trad. par G. Lecomte). Le traité des divergences du hadith, Damas, Institut français de Damas, 1962, 461 p.

https://books.openedition.org/ifpo/6387

 

[ix] Goldziher (Ignaz), trad. par Bercher (Léon). Etudes sur la tradition islamique, Paris, Maisonneuve,1984, 355 p.

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[x] Schacht (Joseph). Introduction au droit musulman, Paris, Maisonneuve, 1983, 250 p.

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[xi] Prémare (Alfred-Louis de). Les fondations de l’islam, Seuil, Paris, 2002, 544 p.

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[xii] Motzki (Harald). Hadith : origins and developements, Aldershot, Ashgate, 2004, 360 p.

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[xiii] Juynboll (Gautier). Muslim tradition, Cambridge ; Cambrige University Press, 2008, 273 p.

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[xiv] De Smet (Daniel) et Amir-Moezzi (Mohammad Ali). Controverses sur les écritures canoniques de l’islam, Paris, Ed. du Cerf, 2014, 435 p.

BAB BP130.4. C6 2014

 

 

 

Le Coran, entre tradition et hyper-criticisme

Face à l’intérêt croissant, depuis une vingtaine d’années, pour les études coranologiques se traduisant par de multiples publications et séminaires, il nous a paru opportun de rédiger un article de vulgarisation sur l’histoire du Coran destiné au blog de la bibliothèque bien qu’il ne soit pas facile de traiter d’un sujet aussi complexe en l’espace de quelques lignes.

INTRODUCTION

Le Coran (al-Qur’ān en arabe), qui a pour signification étymologique récitation, a vu son sens évoluer en celui de lecture à haute voix, suite à son passage de l’oral à l’écrit. Dans le cadre de la révélation islamique, il désigne les messages adressés par Dieu, souvent par l’entremise de l’ange Gabriel au cours de différentes circonstances, à Muhammad (570-632). Le Coran soutient l’idée d’un archétype divin (al-Lawḥ al maḥfūẓ – la Table préservée) qui contiendrait toutes les révélations reçues au cours de l’histoire – de l’humanité – par tous les messagers. En tant que réceptacle spirituel de la révélation, Muhammad acquiert de facto le titre de messager de Dieu (rasūl) ainsi que celui de Sceau des prophètes.
Selon la tradition musulmane la révélation a duré 23 ans (12 années durant la présence à La Mecque de Muhammad et 11 ans à Médine). D’où la tentative des exégètes et des coranologues de déterminer la périodicité de sourates (chapitres) et ‘ayāt (sing. ‘āya/versets).
Le Coran comporte environ 6236 versets et est divisé en 114 chapitres (sourates), globalement classés par ordre décroissant Pour ce qui est du contenu on peut noter la forte présence de quelques thèmes majeurs. L’unicité de Dieu (Allāh) et son corollaire la réfutation du polythéisme y occupent une place cardinale. L’homme et la nature y sont largement évoqués à travers la création. Les récits des prophètes bibliques sont rapportés avec l’idée d’appeler les humains à faire le bien. Enfin on trouve des éléments eschatologiques et une description de l’Au-delà, ultime récompense de ceux qui auront suivi scrupuleusement les commandements divins. Contrairement à une idée répandue, le caractère normatif reste marginal avec seulement 5 % des versets. Pour traiter de cette brève histoire du Coran, nous allons, dans un premier temps présenter la version proposée par l’historiographie traditionnelle sunnite qui est majoritaire tout en évoquant la vision de l’importante minorité chiite avant de nous intéresser, dans un second temps, à la lecture critique.

Le Coran vu par l’historiographie islamique

L’histoire du Coran présentée par les autorités savantes musulmanes repose sur différentes sources scripturaires. On trouve : – le Hadith qui rapporte les propos et actions du Prophète et de son entourage notamment dans le Ṣaḥīḥ de Bukhārī (8 e. s)1 – La Sīra2 qui relate la vie du Prophète (Ibn Hisham 831) – Les Maghāzī (description de ses campagnes militaires) – des ouvrages d’histoires (Tārīkh al-Madina d’Ibn Shabba3 ) ou encore, mais plus tardifs, des livres qui traitent directement du Coran comme al Itqan de Suyūtī4 (16 e. s.). Ces sources diverses nous apprennent que la collecte et la mise par écrit du Coran se sont effectuées en plusieurs étapes. Elles ont débuté du vivant même du Prophète (entre 610 et 632), tout le long de la révélation. Dicté par un être surnaturel (l’archange Gabriel) au Prophète ce dernier aurait transmis le Coran à ses compagnons qui l’ont mémorisé et fixé sur des supports hétéroclites (ossements, peaux, feuilles…). Le texte n’existait donc pas sous une forme matérielle (livre relié) du vivant du Prophète Ensuite le choix de consigner le texte sacré dans un codex aurait été l’initiative d’Abū Bakr (premier calife – 632/634), sur le conseil de son successeur ʿUmar (deuxième calife – 634/644). La conservation du texte est enfin finalisée par une commission, dirigée par Zayd Ibn Thābit (scribe officiel du prophète) et mise en place par ʿUthmān (3e calife- 644/650). La décision de mettre par écrit le texte aurait été motivée par au moins deux événements : la bataille d ‘Aqrabāʾ (début 633) qui aurait décimé plusieurs compagnons « mémorisateurs » du Coran (au moins 70) et des conflits liés à des divergences de lectures qui opposaient les musulmans et menaçaient leur unité. Une équipe, sous la férule de Zayd, est alors chargée de collecter tous les versets transcrits sur divers supports, afin de les préserver de l’oubli. La tradition parle alors de vulgate « rasm al-‘uthmānī » (graphie ʿuthmānienne) basée sur l’arabe de la tribu des Quraysh, en l’occurrence celle du Prophète. Notons que certains compagnons (ʿAlī et Ibn Masʿūd) avaient leur copie personnelle du Coran, qui pouvait présenter quelques divergences avec celle de ce qui allait devenir la vulgate ʿuthmānienne. Une fois ce codex établi, des copies (5 à 7 selon les versions) en sont envoyées dans différentes cités de l’empire avec ordre de détruire toute autre version qui pouvait circuler. L’idée de fond est que le texte que nous possédons aujourd’hui n’aurait pas subi de variations depuis l’époque de ʿUthmān, du moins dans son squelette consonantique (rasm)). On fait également jouer un rôle au 4e et dernier calife dit bien-guidé, ʿAlī Ibn Abī Ṭālib (650-661), en lui attribuant la mise en place des règles grammaticales du Coran. Cette volonté d’uniformiser le texte malgré la persistance de variantes ne fut pas sans résistance notamment de la part de compagnons du Prophète comme Ubayy, Ibn Masʾūd ou ʿAlī Ibn Abī Ṭālib. Les partisans de ce dernier allèrent même jusqu’à accuser Uthman d’avoir supprimé des passages favorables à ʿAlī et à sa famille. Ces contestataires politico-religieux donneront plus tard naissance à l’autre grand courant de l’islam, appelé chiisme (shīʿa). Des affidés de ce courant affirmaient que le Coran était à l’origine trois fois plus volumineux. Cette présentation est contestée, en partie, voire totalement, par certains chercheurs (historiens, archéologues, philologues, etc.). Durant l’apostolat du Prophète, ses opposants l’accusèrent d’avoir écrit le Coran mais l’apologétique islamique a développé l’idée d’un prophète analphabète en s’appuyant – entre autre – sur un verset du Coran qui le qualifie d’illettré (verset 48, sourate 29). Aujourd’hui cette thèse est battue en brèche même par des auteurs musulmans sans pour autant signifier que Muhammad serait l’auteur du Coran. Le statut du Coran allait faire l’objet d’âpres débats entre ceux qui le considéraient comme étant la parole de Dieu et le courant mu’tazilite – dit rationaliste – qui lui attribuait un caractère certes sacré mais créé. Les traditionnalistes, quant à eux, développèrent tout un genre littéraire (naẓm al-Qur’ān) censé défendre l’insupérabilité (iʿjāz) du texte notamment à travers son inimitabilité linguistique ainsi que la supériorité de son éloquence rhétorique.

Une autre lecture, celle des islamologues

Pour souligner les lacunes des sources islamiques, les chercheurs ont mis en contraste les récits contradictoires de la recension du texte véhiculée par la tradition ainsi que les insuffisances graphiques de la langue arabe (sans voyelles ni signes diacritiques) ; les règles de la langue n’étaient pas encore stabilisées à l’époque de ‘Uthmān. Des éléments montrent aussi que des copies divergentes étaient encore en circulation au moins jusqu’au 10è s. On peut ramener à deux courants l’approche critique des sources islamiques qui relatent l’histoire du Coran.

  1. Un courant dit hypercritique ou sceptique qui remet en cause l’historicité et l’authenticité de la tradition. Ses partisans soulignent le décalage chronologique qui existe entre les événements relatés et leur mise par écrit (rédigés un à trois siècles après). S’ajoute à cela la dimension partisane des auteurs (pro-omeyyades, anti-chiites). Au sein de cette école une approche linguistique tente de « désarabiser » le texte en lui trouvant des origines araméennes ou syriaques5.
    Il convient de préciser que cette approche a été quelque peu mise à mal par la découverte de manuscrits (Sanʿāʾ, Birmingham) qui plaident pour une fixation assez rapide du Coran.
  2. Une autre tendance ne rejette pas la production islamique et considère que le texte a été mis par écrit rapidement après la révélation allant du vivant du prophète pour certains ou sous le califat de ‘Uthmān pour d’autres. Les partisans de cette école sont d’avis qu’une grande partie des matériaux présents dans les œuvres tardives figuraient déjà contenus dans des ouvrages antérieurs (sources) bien qu’ils aient été probablement soumis à un processus de réécriture.

Quoi qu’il en soit, ces deux courants s’accordent sur le caractère défectueux de l’arabe à cette époque dite archaïque ne permettant pas de distinguer des consonnes selon leur position dans le mot. Cette particularité qui consiste à devoir vocaliser le texte de différentes façons génère une multitude de lectures appelées variantes – qirā’āt (fixées à 80). Est également contestée l’origine de l’arabe coranique qui serait celui de la tribu des Quraych (celle à laquelle appartenait le Prophète). Pour les linguistes, il s’agit probablement d’une langue médiane comprise par l’ensemble des tribus (koinè). Deux réformes importantes contribueront à stabiliser le texte celle du gouverneur d’Iraq, al-Hajjāj (m. 714) qui permet la vocalisation et la diacritisation et celle d’Ibn Mujāhid (m. 936) qui réduit le nombre de lectures en se basant sur un ductus unique.

Si pour la tradition islamique le Coran a été fidèlement mémorisé et mis par écrit assez tôt (entre 632, mort du Prophète, et 656, fin du califat de ‘Uthmān) ; il n’en est pas de même pour les tenants de la démarche hypercritique. Ces derniers mettent en avant la dimension historique de la rédaction du texte et ses remaniements qui se seraient étalés sur plus d’un siècle. Autre élément non négligeable est l’instabilité des règles linguistiques ainsi que l’absence de vocalisation des textes d’origine. L’orthodoxie reconnait qu’il existe des variantes de lectures mais pas de texte. Or la tradition, elle-même, rapporte que le Prophète a validé des variantes de textes en recourant à la synonymie.
Face à ces récits qui légitiment une transmission orale et écrite fidèle et intangible, les orientalistes ont adopté diverses attitudes allant de l’acceptation de la version islamique – comme T. Nöldeke6 – à son rejet total considérant comme étant impossible d’en valider l’historicité. On peut citer J. Wansbrough7  comme un des représentants de ce courant. Il existe évidemment une approche médiane consistant à prendre en considération les récits qui semblent probables.
Pour les chercheurs français Claude Gilliot8 et A.-L. de Prémare9 , le Coran est le fruit d’un travail collectif avec une participation des scribes allant au-delà de la simple écriture rapportée par Muhammad.
Pour ce qui est de la chronologie, Gustav Weil fut le premier à en proposer une différente de celle des musulmans en 1833-34 en se basant sur des indices relatifs à certains évènements et aux changements de styles. Nöldeke prolongea le travail, mais en reprenant grosso-modo la classification islamique. On peut également citer Richard Bell (Bell (Richard). Introduction to the Qur’an, Edinburg, University press, 1970 BAB BP131. B4 1970)) en tant qu’arabisant pionner dans ce domaine. Les adversaires de cette approche chronologique avancent l’idée que deux styles différents ne reflètent pas forcément deux temporalités distinctes, cela peut concerner, plutôt, deux préoccupations différentes.

CONCLUSION

Si une présentation du livre fondateur de l’islam au sein du référentiel musulman qui conduit à dire que le Coran a été mémorisé et mis par écrit assez tôt est validée par certains spécialistes, il n’en est pas de même pour les chercheurs qui suivent une méthode historico-critique. Quoiqu’il en soit, le débat est loin d’être tranché malgré les avancées de la recherche. Il convient de signaler pour clore cet article les lectures nouvelles du texte proposées par des intellectuels issus de la culture islamique. Le pakistanais Falzul Rahman (Filali-Ansary (Abdou). Réformer l’islam, Paris, La Découverte, 2003 (chap. 13) BAB BP173.7. F5 2003)) – de formation religieuse – arrive à la conclusion que le Coran est à la fois parole divine et prophétique. Notons aussi le remarquable travail codicologique à travers une thèse du franco-marocain Hasan Chahdi (Chahdi (Hassan). « Le paradoxe de la transmission des qira’at », Journal of Qur’anic Studies, 19.3, 2017, p. 103-133 Accès BIU Denis Diderot : https://cas.ens-lyon.fr/ Résumé de la thèse de l’auteur : https://www.theses.fr/2016EPHE4055)) qui démontre que le Coran ne s’est pas transmis littéralement mais à travers le sens. Quant au franco-algérien Arkoun10, il propose de désacraliser le texte en le soumettant aux mêmes règles appliquées à n’importe quel texte profane, et ce, en mobilisant les apports des différentes sciences sociales. Néanmoins bien que stimulantes ces lectures novatrices ne trouvent pas pour le moment d’adeptes dans les sociétés islamiques.

Manuscrit de Sanʿāʾ
Ouvrages consultés

Blachère (Régis). Introduction au Coran, Paris, Maisonneuve et Larose, 1977
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Berque (Jacques). Relire le Coran, Paris, Albin Michel, 1993
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Micheau (Françoise). Les débuts de l’islam, Paris, Téraèdre, 2012, chap. 4
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Déroche (François). Le Coran, une histoire plurielle, Paris, Seuil, 2019
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Amir-Moezzi (M.-A.) et Dye (Guillaume) et al. Le Coran des historiens, Cerf, 2019. Vol. 1 : études sur le contexte et la genèse du Coran) et vol. 3 : Bibliographie
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Amir-Moezzi (M.-A.) sous la dir. de. Dictionnaire du Coran, Paris, Robert Laffont, 2007
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Blachère (Régis) et Gilliot (Claude). Coran (article), Encyclopaedia Universalis
Bibliothèque électronique BU Lyon 2 : http://www.universalis-edu.com.bibelec.univ-lyon2.fr/encyclopedie/coran/

Welch (A-.T-) et Paret (Rudy). Al-Kur’an (article), Encyclopédie de l’islam, 2ème éd.
Bibliothèque électronique BU Lyon 2 : https://referenceworks-brillonline-com.bibelec.univ-lyon2.fr/entries/encyclopedie-de-l-islam/al-kuran-COM_0543?s.num=0&s.f.s2_parent=s.f.book.encyclopedie-de-l-islam&s.q=kuran

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  2. Ibn Ishaq. La vie du prophète Muhammad. Al Bouraq, 2014 []
  3. Ibn Shabba. Tarikh al madina,[s.l.], [s.d.] 297.2 SAB BU Chevreul []
  4. Suyuti (trad. M. Lagarde). Le parfait manuel des sciences coraniques, Leiden, Brill, 2018, 2 vol. BAB BP130. S8 2018 []
  5. Luxenberg (Luxenberg). The Syro-Aramaic Reading of the Koran, Berlin, H. Schiler, 2007 BAB BP131.13. L8 2007 []
  6. Nöldeke (Theodor). Geschichte des Qorâns, Göttingen, Dieterich, 1860 MSH Nanterre D.340/526 NOLD []
  7. Wansbrough (John). Quranic studies, New York, Prometheus Books,2004 BAB BP130.45. W3 2004 []
  8. Gilliot (Claude). Origines et fixation du texte coranique, Etudes, 2008 https://www.cairn.info/revue-etudes-2008-12-page-643.htm []
  9. Prémare(A.L de). Aux origines du Coran, Paris, Téraèdre, 2004 BAB BP130. P7 2004 []
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